Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme….

Il semblerait que cette phrase ait une origine un peu plus ancienne que celle traditionnellement attribuée à Antoine Lavoisier.  Notamment une origine grecque. Relativement logique d’ailleurs quand même on ne ferait que survoler les auteurs que sont Socrate ou Platon, pour ne citer que les plus connus. Leurs textes, les écrits qu’ils ont laissé traitent énormément de ce type de notions.

L’auteur de cette « idée » fondamentale, est probablement inconnu. Il faudrait trouver énormément de traces pour être sûr de rendre cette phrase à sa véritable origine. En recherchant cette phrase sur internet, je trouve son hypothétique auteur. Pas grand chose ne permet d’affirmer qu’il en soit à l’origine. On peut dire que le doute subsiste.

Néanmoins, la personne que j’ai trouvé, même s’il n’est pas l’auteur de cette phrase, tenait un discours qui n’a pas du tout dû plaire en son temps…. C’est un certain Anaxagore de Clazomènes…. Personnellement, heu, je n’en ai jamais entendu parler. Je le découvre. Ses théories étaient si révolutionnaires, comme pour Platon ou Socrate, que bien sûr, il fut totalement rejeté mais aussi condamné.

Il osait soutenir notamment, sur la nature de l’infiniment petit, sur la nature du cosmos et quantité d’autres notions, qui seront évoquées et travaillées très longtemps après. Extraordinaire, le mot n’est pas trop fort, pour évoquer le parcours impressionnant de ce personnage hors du commun.

Là, ce sont mes notions à moi. Je suis super en-deçà de ce savant. Son enseignement a dû être exceptionnel de richesse, sur tous les plans de la nature humaine.

On ne réalise pas vraiment, voire pas du tout, pour ne pas dire, absolument pas, à quel point n’importe laquelle de nos pensées, actes, paroles laisse des traces….

Tout, absolument tout, laisse des traces, mais à un point que l’on peut difficilement imaginer. Nous sommes responsables de chaque chose pensée, dite ou faite. Ca a l’air effrayant, peut-être que ça l’est d’ailleurs pour certain(e)s. Il n’empêche que nous agirions, penserions, parlerions avec le coeur ; nous serions nettement moins effrayé(e)s. Ou plus exactement, pas effrayé(e)s du tout.

J’ai réalisé ces données si importantes dans le temps, après la séance de spiritisme, qui m’a donnée la chance de recevoir le témoignage de mon père (séance sur le site). Je n’avais aucune idée de ce qu’il allait nous dire. Et pour cause, je l’avais perdue, plutôt jeune, et je ne le connaissais donc que sous ses qualités et défauts bien humains. Ce qu’il nous a dit ce jour-là, fut une drôle de sensation sur le coup. Des années après, je réalise un peu plus chaque jour, à quel point, en peu de mots, il avait dit l’essentiel.

Je précise qu’il n’avait pas plus d’actes, pensées, paroles plus désagréables que la plus grande partie des gens n’en ont. Il avait ses qualités, ses défauts, sa façon d’aimer, de parler, d’agir….. Comme tout le monde. Il est venu à nous, parce qu’il avait un immense, un énorme besoin de nous communiquer son mal, sa souffrance. Il a souffert sur quelques mois, mais probablement pendant des mois, voire des années auparavant, d’un cancer de la moëlle épinière. Il faisait juste partie de ces gens qui ne veulent pas, refusent d’aller voir un médecin… Allez savoir quelle raison profonde les en empêche.

Je crois me souvenir qu’il avait un myélome lympho-plasmo-cytone…. Je ne connais pas du tout l’orthographe de ce mot… Si quelqu’un peut me l’écrire correctement, je l’en remercie. Il a donc beaucoup souffert du dos. Il est revenu à plusieurs reprises vers nous, jusqu’au moment où on nous a expliqué qu’il était loin, qu’il s’était éloigné. Je n’en ai pas su plus depuis, mais je pense avec beaucoup d’amour à lui, depuis ce moment.

J’ai réalisé dans le temps, de nombreuses années se sont écoulées depuis, à quel point nous étions liés par nos actes, nos pensées, nos paroles sur terre. C’est, on peut le dire, tellement inimaginable, qu’il est difficile de ne pas douter de tels propos. Je ne doute pas un instant des mots de mon père, surtout parce que son message est passé bien après son décés. Il n’était pas plus porté que beaucoup sur la spiritualité, qu’il dénigrait plutôt qu’autre chose, toujours comme la plupart d’entre nous. Le matérialisme était Roi. Il n’était donc ni meilleur, ni plus mauvais que n’importe quel humain.

Près de trois ans (humains, terrestres) après son décès, il était toujours en proie aux souffrances de son corps. Il n’avait pas déconnecté de sa maladie, ne s’était pas encore nettoyé de ce qu’il avait fait sur Terre. Sur une question que je lui posais quand à ce qu’il avait vécu au moment de sa mort (tout est sur spiritisme)…. C’est une question que tellement de gens se posent. Sa réponse fut d’une limpidité, d’une clarté qui nous a profondément frappés.

J’imagine sans problème que j’ai dû l’être nettement plus encore que les autres participants, simplement parce que j’aimais mon père. Des années après, je réalise l’importance des quelques mots qu’il nous avait communiqué. Il a été accueillit par des formes noires, moqueuses, effrayantes, qui étaient liées à lui par ses actes sur Terre. D’après nos impressions dans la séance, ce fut une violente épreuve pour lui.

J’ose depuis, à peine imaginer ce qui attend l’individu qui assassine, celui qui viole, celui qui agresse, qui insulte, qui boit, se découvre une fascination pour le fanatisme…. Et j’en passe. Je ne crois pas que mon père ait fait quoique ce soit dans ce goût-là, or il a payé cher un matérialisme bien ancré, très ancré même.

C’est cet accueil dont je parle sur d’autres textes du site, en parlant de Tribunal Divin.

Drames de la 2e guerre mondiale

Texte authentique d’un drame, dont l’histoire se déroule au pays du soleil levant, durant la 2e guerre mondiale, 1939-1945.
Belle mais douloureuse histoire japonaise.

Cette histoire m’a été envoyée, par un ami (merci à toi Laurent), dans le cadre d’un mail collectif, sur lequel on échangeait tout ce qu’on pouvait trouver, aussi bien comme texte, que comme aide pour les autres. Notre but était multiple, mais d’abord tourné vers la spiritualité ; donc, l’amour des autres. A la lecture de ce texte, l’émotion, la douleur, mais surtout l’amour qui en ressortaient, étaient tels, qu’il n’a pas hésité à les partager. Ce texte fait pour moi partie des grandes leçons d’Amour….. Par respect, j’ai bien-sûr laissé le texte tel qu’il m’a été envoyé :

En 1985, des cérémonies furent organisées à Hiroshima et Nagasaki (Japon) en mémoire des victimes des bombes atomiques lancées sur ces deux villes, quarante ans auparavant.

Un témoin oculaire de ces célébrations remarque: À Hiroshima, il y a de l’amertume, du bruit, c’est très politique… Le symbole pourrait en être un poing serré de colère.

À Nagasaki, il y a de la tristesse, mais aussi le calme, la réflexion, il n’y a pas de politique, on prie. On n’y blâme pas les États-Unis, mais on y pleure plutôt le péché de la guerre et, plus particulièrement, de la guerre nucléaire.

Le symbole: des mains jointes pour prier.

Plus que tout autre, l’influence du docteur Takashi Nagaï explique le climat spirituel qui régnait ce jour-là à Nagasaki.

Un prêtre disait de lui: Si nous avons un peu de cette foi que possédait Nagaï en la providence du Père éternel et en la valeur universelle de la mort du Christ, nous pourrons affronter chaque événement dans la paix.

Qui donc était ce docteur Nagaï?

Takashi Nagaï est né en 1908, à Isumo près d’Hiroshima, dans une famille de cinq enfants, de religion shintoïste. En 1928, il entre à la faculté de médecine de Nagasaki. Dès mes études secondaires, écrira-t-il, j’étais devenu prisonnier du matérialisme.

À peine entré à la faculté de médecine, on me fit disséquer des cadavres…

La merveilleuse structure de l’ensemble du corps, l’organisation minutieuse de ses moindres parties, tout cela causait mon admiration.

Mais ce que je maniais ainsi, ce n’était jamais que pure matière. L’âme? Un fantôme inventé par des imposteurs pour tromper les gens simples.

Le dernier regard d’une mère

Un jour de 1930, un télégramme lui parvient de son père: Viens à la maison Il part en toute hâte, pressentant quelque malheur. À son arrivée, il apprend avec stupeur que sa mère a eu une attaque et qu’elle ne peut plus parler. Il s’assied à côté d’elle et lit dans son regard un dernier au-revoir.

Cette expérience de la mort va changer sa vie: Par ce dernier regard pénétrant, ma mère démolit le cadre idéologique que j’avais construit. Cette femme, qui m’avait mis au monde et élevé, cette femme qui ne s’était jamais donné un moment de répit dans son amour pour moi, aux derniers instants de sa vie, me parla très clairement. Son regard me disait que l’esprit humain continue à vivre après la mort.

Tout cela venait comme une intuition, une intuition qui avait la saveur de la vérité.

Takashi commence alors la lecture des Pensées de Pascal, auteur français du XVIIe siècle, poète et savant. L’âme, l’éternité Dieu.

Notre grand prédécesseur, le physicien Pascal avait donc admis sérieusement ces choses! Se dit-il. Ce sage incomparable y croyait vraiment! Que devait être cette foi catholique, pour que le savant Pascal pût l’accepter, sans contredire sa science? Pascal explique que nous rencontrons Dieu par la foi et dans la prière.

Même si vous ne pouvez encore croire, dit-il, ne négligez pas la prière ni l’assistance à la Messe.

Je suis toujours prêt à vérifier une hypothèse au laboratoire, pense Nagaï, pourquoi ne pas essayer cette prière sur laquelle Pascal insiste tant? Il décide de chercher une famille catholique qui accepte de le prendre comme pensionnaire pendant ses études.

Cela lui donnera des occasions de connaître le catholicisme et la prière chrétienne…..

Il est reçu dans la famille Moriyama. M. Moriyama, marchand de bestiaux, descend d’une de ces vieilles lignées chrétiennes qui, à travers 250 ans de persécutions, surent conserver la foi apportée au Japon par saint François Xavier. La pureté de cette foi chrétienne étonne le jeune Nagaï: d’humbles fermiers lui enseignent par leur exemple ce qu’avait cru Pascal, le grand savant!

En mars 1932, une sévère otite le rend sourd de l’oreille droite, et bouleverse par le fait même ses projets d’avenir: ne pouvant plus se servir du stéthoscope, il doit renoncer à la médecine ordinaire. Il oriente alors ses études vers la médecine radiologique, qui débute au Japon.

Il prend conscience des possibilités énormes que cette science met à la disposition des médecins pour déceler les maladies.

M. et Mme Moriyama ont une fille, Midori, institutrice dans une autre ville. Tous trois prient pour la conversion de Takashi, pensant que peut-être Dieu le leur a envoyé dans ce but. Le 25 décembre 1932, Midori est chez ses parents pour la fête de Noël. Docteur, demande M. Moriyama à Takashi, pourquoi ne venez-vous pas avec nous à la Messe de minuit? – Mais, je ne suis pas chrétien! – Peu importe, les bergers et les rois mages qui vinrent à l’étable ne l’étaient pas non plus.

Pourtant, quand ils virent l’Enfant, ils crurent. Vous ne pourrez jamais croire, si vous ne venez pas prier à l’église. Après quelques instants, Nagaï se surprend lui-même à répondre: Oui, j’aimerais vous accompagner ce soir. Cinq mille chrétiens remplissent la cathédrale, chantant tous le même Credo en latin. Nagaï est fortement impressionné et encouragé dans sa réflexion sur la religion catholique, sans cependant se laisser convaincre.

Le petit catéchisme de Midori

Une nuit, M. Moryama vient réveiller Takashi: Midori se tord de douleur sur sa couche. Très vite, le jeune médecin diagnostique une appendicite aiguë. Il entend M. Moryama murmurer: C’est la volonté de Dieu. Qui sait quel bien en sortira? Malgré la neige abondante, Takashi court à l’école voisine pour téléphoner à l’hôpital: Allo, allo, le 32 00, s’il vous plaît, c’est urgent…

Allo, ici Nagaï. Qui est aux urgences ce soir? Bon. Pourriez-vous l’appeler, s’il vous plaît?

Un ami vient répondre et Nagaï lui demande s’il peut pratiquer immédiatement une appendicectomie. Sur sa réponse affirmative, Takashi retourne chercher Midori: Cela prendrait trop de temps d’appeler un taxi, avec toute cette neige.

Nous ne pouvons pas prendre le risque d’attendre, et s’adressant à M. Moryama: Si vous voulez bien porter la lanterne devant, je peux facilement porter Midori. Pendant le trajet, Takashi se rend compte que le coeur de Midori s’emballe et qu’elle est brûlante de fièvre. Sa vie est en danger. Il presse le pas. Enfin, voici l’hôpital! La salle d’opération est prête. Sept minutes après, tout est terminé. Midori est sauvée. En reconnaissance, celle-ci va tout mettre en oeuvre pour la conversion de son sauveteur.

L’année suivante, Takashi est mobilisé dans l’armée japonaise et il part combattre les Chinois en Mandchourie. Dans un colis que Midori lui envoie, se trouve un petit catéchisme qu’il lit avec intérêt.

Au bout d’un an, il revient au pays, presque désespéré par la prise de conscience des désordres de sa vie et le souvenir des affreux spectacles de la guerre. Il se rend à la cathédrale de Nagasaki et y rencontre un prêtre japonais qui le reçoit longuement. Encouragé, Takashi reprend son travail de radiologie et se met à étudier la Bible, la liturgie, la prière des catholiques.

Mais les exigences morales de l’Évangile et la nécessité de se séparer des attaches religieuses shintoïstes de sa famille font encore obstacle à sa conversion. Un jour, au milieu de ses doutes, il reprend les Pensées de Pascal et tombe sur une phrase qui attire son attention: Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. Soudain, tout se clarifie pour lui. Il prend sa décision et demande le baptême, qu’il reçoit en juin 1934. Il choisit le nom de Paul, en souvenir de saint Paul Miki, martyr japonais crucifié à Nagasaki en 1597.

Deux mois plus tard, il épouse Midori. Auparavant, il a voulu faire connaître à celle-ci les risques importants auxquels l’expose son métier. En effet, les radiologues de l’époque n’avaient pas les moyens de se protéger suffisamment contre les rayons X. Midori a compris le danger pour la vie de Takashi, mais elle entre dans ses vues et partage son idéal de pionnier, pour sauver des vies humaines. Nagaï va devenir plus qu’un médecin, un apôtre de la charité envers le prochain.

Il écrit: La tâche du médecin est de souffrir et de se réjouir avec ses patients, de s’ingénier à diminuer les souffrances comme si elles étaient les siennes mêmes. Il faut sympathiser avec leurs douleurs. Toutefois, en fin de compte, ce n’est pas le médecin qui guérit le malade, mais le bon plaisir de Dieu. Une fois que l’on a compris cela, le diagnostic médical engendre la prière.

À nouveau mobilisé, de juin 1937 à mars 1940, il participe comme médecin à la guerre sino-japonaise. Son dévouement à l’égard de tous, militaires japonais ou chinois, femmes, enfants et vieillards impitoyablement entraînés dans d’horribles tueries, a pris une extension héroïque. À son retour au Japon, les demandes de radiographies se multiplient. Bientôt, Takashi remarque sur ses mains des traces inquiétantes; il est, de plus, souvent épuisé. Il note dans son journal que parfois, quand il se sent complètement éteint, il ferme sa porte et va s’asseoir devant la statue de Marie dans son bureau. Il récite le chapelet et peu à peu retrouve la paix intérieure.

Trois ans de vie

Un collègue de Takashi le persuade de passer lui-même à la radiographie. Un matin de juin 1945, il s’exécute: Préparez l’appareil, dit-il à son aide. – Mais, Docteur, aucun patient n’est encore là. – Le patient, le voici, répond Nagaï en montrant sa poitrine. – Et le médecin? – Le voilà! Et il désigne ses yeux. À la vue de la radiographie, Nagaï a le souffle coupé: sur la partie gauche figure une large plaque noire: hypertrophie de la rate! Il diagnostique une leucémie. Il murmure: Seigneur, je ne suis qu’un serviteur inutile. Protégez Midori et nos deux enfants. Qu’il me soit fait selon votre volonté. Le docteur Kageura, chef du département de médecine interne, confirme son analyse: Leucémie chronique. Durée de vie: trois ans. Il a usé sa vie pour sauver des malades sans nombre, que personne d’autre que lui n’aurait pu radiographier.

Rentré chez lui, Takashi révèle tout à Midori. Celle-ci s’agenouille devant le crucifix que sa famille avait gardé pendant les 250 années de persécutions, et prie longuement, secouée de sanglots, jusqu’à ce que la paix revienne dans son âme. Nagaï prie lui aussi; le remords l’envahit à la pensée qu’il s’est toujours jeté tête baissée dans son travail, sans penser suffisamment à son épouse. Mais Midori se montre à la hauteur de la situation. Le lendemain, c’est un homme nouveau qui repart à son travail: l’acceptation totale de la tragédie de la part de Midori et son refus d’entendre parler de négligence l’ont rempli de force.

9 août 1945, onze heures et deux minutes. Un éclair aveuglant. Une bombe atomique vient d’exploser à Urakami, le quartier nord de Nagasaki. Dans la guerre qui les oppose au Japon, les dirigeants des États-Unis ont recours à une nouvelle arme terrifiante: la bombe A. Une première bombe à été lâchée sur Hiroshima, une deuxième dévaste Nagasaki: température 9 000°, 72 000 morts, 100 000 blessés.

À l’université de médecine, située à 700 mètres du centre de l’explosion, Nagaï, qui classe des films radiographiques, est projeté sur le plancher, le côté criblé d’éclats de verre. Le sang coule abondamment de sa tempe droite… les objets tourbillonnent comme les feuilles mortes en automne. Bientôt, un flot ininterrompu de blessés: des silhouettes sanglantes, les vêtements arrachés, les cheveux brûlés, accourent à la porte de l’hôpital Une vision d’enfer. Son chapelet! L’incendie s’approche de l’hôpital. On évacue les patients vers le sommet d’une colline voisine. Nagaï s’y dépense jusqu’à la limite de ses forces. À seize heures, l’incendie s’attaque au département de radiologie. Treize années de recherches, les instruments, la précieuse documentation, tout part en fumée. Le 10 août se passe à soigner les blessés. Le 11, le travail se fait un peu moins pressant, et Takashi part à la recherche de Midori, restée à la maison alors que les enfants et leur grand-mère sont en sûreté dans la montagne, depuis le 7 août. Il retrouve difficilement l’emplacement de son habitation dans une zone de tuiles et de cendres. Soudain, il découvre les restes carbonisés de son épouse.

À genoux, il prie et pleure, puis ramasse les os dans un récipient. Quelque chose brille faiblement dans la poudre des os de la main droite: son chapelet! Il incline la tête: Mon Dieu, je vous remercie de lui avoir permis de mourir en priant. Marie, mère des douleurs, merci de l’avoir accompagnée à l’heure de la mort Jésus, tu as porté la lourde croix jusqu’à y être crucifié. Maintenant, tu viens de répandre une lumière de paix sur le mystère de la souffrance et de la mort, celle de Midori et la mienne Étrange destinée: j’avais tant cru que ce serait Midori qui me conduirait au tombeau Maintenant ses pauvres restes reposent dans mes bras Sa voix semble murmurer: pardonne, pardonne. Le pardon de Nagaï sera parfait. Il aimera à porter les chrétiens découragés par la perte de leur famille, à considérer la bombe A comme faisant partie de la providence de Dieu, qui tire toujours le bien du mal. Le 15 août 1945, à midi, la radio transmet un message de l’Empereur annonçant la capitulation du Japon. Au début de septembre, Nagaï est mourant.

Les radiations de la bombe A ont aggravé son mal. Il reçoit les derniers sacrements et dit: Je meurs content, puis il tombe dans un demi-comaOn lui apporte de l’eau de la grotte de Lourdes construite non loin de là par le Père Maximilien Kolbe. J’entendis, écrira-t-il, une voix qui me disait de demander au Père Maximilien Kolbe de prier pour moi. Je le fis. Puis, je m’adressai au Christ et lui dis: Seigneur, je me remets entre tes mains divines. Le lendemain matin, Takashi est hors de danger et il attribue au Père Kolbe (aujourd’hui canonisé) la rémission de six ans que lui laisse sa maladie. Moi, je veux y vivre le premier! Tandis que les habitants craignent de revenir à Urakami, Nagaï déclare: Moi, je veux y vivre le premier! Il se bâtit un abri près de son ancienne maison: quelques tôles posées sur un restant de mur. Devant, deux pierres forment un foyer de fortune au-dessus duquel pend un chaudron. À côté, une vieille bouteille sans col: la réserve d’eau. Comme vêtement: un des uniformes de marin distribués par l’armée aux sinistrés. Il commence à évacuer les débris de sa maison. Il y découvre le crucifix qui appartenait à l’autel familial: Tout m’a été enlevé, dit-il; ce crucifix seul, je l’ai retrouvé.

Le 23 novembre 1945, Nagaï est invité à prendre la parole lors d’une Messe de Requiem célébrée à côté des décombres de la cathédrale d’Urakami. L’holocauste du Christ sur le Calvaire éclaire et donne sens à l’holocauste de Nagasaki: Au matin du 9 août, dit Takashi, une bombe atomique explosait au-dessus de notre faubourg. En un instant, 8 000 chrétiens furent appelés à Dieu… À minuit ce soir-là, notre cathédrale prit soudain feu et fut consumée. À cet instant même, au Palais Impérial, Sa Majesté l’Empereur fit connaître sa décision… Le 15 août, l’édit impérial qui mettait fin aux combats fut officiellement promulgué et le monde entier aperçut la lumière de la paix. Le 15 août est aussi la grande fête de l’Assomption de Marie. Ce n’est pas pour rien que la cathédrale d’Urakami lui était consacrée…

N’y a-t-il pas un rapport profond entre l’anéantissement de cette ville chrétienne et la fin de la guerre? Nagasaki n’était-elle pas la victime choisie, l’agneau sans tache, holocauste offert sur l’autel du sacrifice, tuée pour les péchés de toutes les nations pendant la deuxième guerre mondiale?… Soyons reconnaissants que Nagasaki ait été choisie pour cet holocauste! Soyons reconnaissants car, à travers ce sacrifice, la paix a été donnée au monde ainsi que la liberté religieuse au Japon. Au printemps de 1947, la maladie de Takashi l’oblige à s’aliter dans sa cabane. Il lui faut résigner sa charge de professeur, et, de ce fait, il se trouve sans ressources. Ma tête travaille encore, se dit-il. Les yeux, les oreilles, les mains et les doigts sont encore bons. Et il se met à écrire. Pour ses enfants encore bien jeunes, Makoto et Kayano, il rédige un recueil de conseils: Mes chers enfants, aimez votre prochain comme vous-mêmes. Voilà la parole que je vous laisse. C’est par elle que je commencerai cet écrit, c’est peut-être bien par elle que je conclurai et encore par elle que je me résumerai. Ce message, son seul exemple aurait suffit à l’imprimer dans leurs coeurs. Toute l’existence de leur père a-t-elle été autre chose qu’un héroïque service du prochain, service qui le conduit aujourd’hui à la mort?

Ce service, Nagaï veut y consacrer jusqu’à ses dernières heures Couché sur le dos, il écrit en tenant une planchette à dessin comme en emploient les écoliers. Il note: En me réveillant ce matin à 1 heure, la fièvre était tombée. Après avoir bu le café du thermos, j’ai pu écrire jusqu’à sept heures du matin, le travail a bien avancé! Il ne lui restera bientôt plus que la nuit pour écrire, car dès le matin les visiteurs s’annoncent, mais il ne leur montre aucune impatience: Cela m’ennuie, écrit-il, mais puisqu’ils ont la gentillesse de venir ici, ne dois-je pas tâcher de verser un peu de joie dans leur coeur et de leur parler de notre espérance catholique? Je ne peux pas les renvoyer. C’est dans ces conditions difficiles qu’il écrit et publie quinze volumes en quatre ans. Quel but se propose-t-il dans ses écrits? D’abord donner un compte-rendu fidèle de l’explosion atomique, à travers son expérience exceptionnelle et sa compétence personnelle, ensuite, travailler à l’établissement de la paix. Convaincu surtout qu’une paix durable ne peut se fonder que sur l’esprit d’amour qui resplendit dans la doctrine catholique, il considère comme sa vocation de propager le message chrétien.

Une seule garantie À la fin de son livre Les cloches de Nagasaki, il écrit: Est-ce que l’humanité sera heureuse à l’âge atomique, ou bien misérable? Cette arme à deux tranchants cachée par Dieu dans l’univers et maintenant découverte par l’homme, qu’allait-on en faire? Un bon usage ferait progresser à grands pas la civilisation; un mauvais détruirait le monde. La décision repose dans le libre vouloir de l’homme. Celui-ci tient son destin dans ses mains. En y songeant, on se sent pris de terreur et, pour ma part, je crois qu’un véritable esprit religieux est la seule garantie en ce domaine… À genoux dans les cendres du désert atomique, nous prions pour que cet Urakami soit la dernière victime de la bombe. La cloche sonne… O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. En mars 1951, l’état de santé du docteur est alarmant, sans altérer pour autant son habituelle bonne humeur.

En avril, il écrit son dernier livre. À peine l’a-t-il achevé, qu’il est victime d’une hémorragie cérébrale. On le transporte à l’hôpital où il perd connaissance. Revenu à lui, il dit à haute voix: Jésus, Marie, Joseph, puis plus faiblement: Je remets mon âme entre vos mains. Bouleversée, l’infirmière donne le grand crucifix de famille à Makoto, son fils, pour qu’il le porte à son père. Celui-ci le prend et s’écrie d’une voix étonnamment forte: Priez, s’il vous plaît, priez aussitôt c’est la fin en réalité, tout commence en Dieu, et Nagaï retrouve Midori à ses côtés, comme il l’avait souhaité six ans auparavant. C’est le 1er mai, début du mois de Marie. Lors des obsèques, à la cathédrale d’Urakami, le maire de Nagasaki fait la lecture solennelle de 300 messages de condoléances, en commençant par celui du Premier Ministre.

À la fin de la cérémonie, la foule se met en route pour le cimetière, à un kilomètre et demi au sud; la tête de la procession y parvient alors que la majeure partie n’a pas encore quitté la cathédrale. Takashi Nagaï est enterré à côté de Midori. Pour la tombe de celle-ci, il avait choisi comme épitaphe: Je suis la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon votre parole (Lc 1, 38); pour la sienne: Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire (Lc 17, 10). Son influence s’étend grâce à ses livres (dès 1948, on les lisait partout au Japon) qui ont fourni une contribution remarquable à l’éducation sociale de ses concitoyens et à l’évangélisation de son pays. Demandons à la Très Sainte Vierge et à saint Joseph, pour nous et tous ceux qui nous sont chers, une vraie conversion, un amour du prochain poussé jusqu’au sacrifice suprême, et une sainte mort qui nous introduise dans le bonheur éternel du Ciel

Histoire japonaise

Belle mais douloureuse histoire japonaise.

Cette histoire m’a été envoyée, par un ami (merci à toi Laurent), dans le cadre d’un mail collectif, sur lequel on échangeait tout ce qu’on pouvait trouver, aussi bien comme texte, que comme aide pour les autres. Notre but était multiple, mais d’abord tourné vers la spiritualité ; donc, l’amour des autres. A la lecture de ce texte, l’émotion, la douleur, mais surtout l’amour qui en ressortaient, étaient tels, qu’il n’a pas hésité à les partager. Ce texte fait pour moi, partie des grandes leçons d’Amour….. Par respect, j’ai bien-sûr laissé le texte tel qu’il m’a été envoyé :

En 1985, des cérémonies furent organisées à Hiroshima et Nagasaki (Japon) en mémoire des victimes des bombes atomiques lancées sur ces deux villes, quarante ans auparavant.

Un témoin oculaire de ces célébrations remarque: À Hiroshima, il y a de l’amertume, du bruit, c’est très politique… Le symbole pourrait en être un poing serré de colère.

À Nagasaki, il y a de la tristesse, mais aussi le calme, la réflexion, il n’y a pas de politique, on prie. On n’y blâme pas les États-Unis, mais on y pleure plutôt le péché de la guerre et, plus particulièrement, de la guerre nucléaire.

Le symbole: des mains jointes pour prier.

Plus que tout autre, l’influence du docteur Takashi Nagaï explique le climat spirituel qui régnait ce jour-là à Nagasaki.

Un prêtre disait de lui: Si nous avons un peu de cette foi que possédait Nagaï en la providence du Père éternel et en la valeur universelle de la mort du Christ, nous pourrons affronter chaque événement dans la paix.

Qui donc était ce docteur Nagaï?

Takashi Nagaï est né en 1908, à Isumo près d’Hiroshima, dans une famille de cinq enfants, de religion shintoïste. En 1928, il entre à la faculté de médecine de Nagasaki. Dès mes études secondaires, écrira-t-il, j’étais devenu prisonnier du matérialisme.

À peine entré à la faculté de médecine, on me fit disséquer des cadavres…

La merveilleuse structure de l’ensemble du corps, l’organisation minutieuse de ses moindres parties, tout cela causait mon admiration.

Mais ce que je maniais ainsi, ce n’était jamais que pure matière. L’âme? Un fantôme inventé par des imposteurs pour tromper les gens simples.

Le dernier regard d’une mère

Un jour de 1930, un télégramme lui parvient de son père: Viens à la maison Il part en toute hâte, pressentant quelque malheur. À son arrivée, il apprend avec stupeur que sa mère a eu une attaque et qu’elle ne peut plus parler. Il s’assied à côté d’elle et lit dans son regard un dernier au-revoir.

Cette expérience de la mort va changer sa vie: Par ce dernier regard pénétrant, ma mère démolit le cadre idéologique que j’avais construit. Cette femme, qui m’avait mis au monde et élevé, cette femme qui ne s’était jamais donné un moment de répit dans son amour pour moi, aux derniers instants de sa vie, me parla très clairement. Son regard me disait que l’esprit humain continue à vivre après la mort.

Tout cela venait comme une intuition, une intuition qui avait la saveur de la vérité.

Takashi commence alors la lecture des Pensées de Pascal, auteur français du XVIIe siècle, poète et savant. L’âme, l’éternité Dieu.

Notre grand prédécesseur, le physicien Pascal avait donc admis sérieusement ces choses! Se dit-il. Ce sage incomparable y croyait vraiment! Que devait être cette foi catholique, pour que le savant Pascal pût l’accepter, sans contredire sa science? Pascal explique que nous rencontrons Dieu par la foi et dans la prière.

Même si vous ne pouvez encore croire, dit-il, ne négligez pas la prière ni l’assistance à la Messe.

Je suis toujours prêt à vérifier une hypothèse au laboratoire, pense Nagaï, pourquoi ne pas essayer cette prière sur laquelle Pascal insiste tant? Il décide de chercher une famille catholique qui accepte de le prendre comme pensionnaire pendant ses études.

Cela lui donnera des occasions de connaître le catholicisme et la prière chrétienne…..

Il est reçu dans la famille Moriyama. M. Moriyama, marchand de bestiaux, descend d’une de ces vieilles lignées chrétiennes qui, à travers 250 ans de persécutions, surent conserver la foi apportée au Japon par saint François Xavier. La pureté de cette foi chrétienne étonne le jeune Nagaï: d’humbles fermiers lui enseignent par leur exemple ce qu’avait cru Pascal, le grand savant!

En mars 1932, une sévère otite le rend sourd de l’oreille droite, et bouleverse par le fait même ses projets d’avenir: ne pouvant plus se servir du stéthoscope, il doit renoncer à la médecine ordinaire. Il oriente alors ses études vers la médecine radiologique, qui débute au Japon.

Il prend conscience des possibilités énormes que cette science met à la disposition des médecins pour déceler les maladies.

M. et Mme Moriyama ont une fille, Midori, institutrice dans une autre ville. Tous trois prient pour la conversion de Takashi, pensant que peut-être Dieu le leur a envoyé dans ce but. Le 25 décembre 1932, Midori est chez ses parents pour la fête de Noël. Docteur, demande M. Moriyama à Takashi, pourquoi ne venez-vous pas avec nous à la Messe de minuit? – Mais, je ne suis pas chrétien! – Peu importe, les bergers et les rois mages qui vinrent à l’étable ne l’étaient pas non plus.

Pourtant, quand ils virent l’Enfant, ils crurent. Vous ne pourrez jamais croire, si vous ne venez pas prier à l’église. Après quelques instants, Nagaï se surprend lui-même à répondre: Oui, j’aimerais vous accompagner ce soir. Cinq mille chrétiens remplissent la cathédrale, chantant tous le même Credo en latin. Nagaï est fortement impressionné et encouragé dans sa réflexion sur la religion catholique, sans cependant se laisser convaincre.

Le petit catéchisme de Midori

Une nuit, M. Moryama vient réveiller Takashi: Midori se tord de douleur sur sa couche. Très vite, le jeune médecin diagnostique une appendicite aiguë. Il entend M. Moryama murmurer: C’est la volonté de Dieu. Qui sait quel bien en sortira? Malgré la neige abondante, Takashi court à l’école voisine pour téléphoner à l’hôpital: Allo, allo, le 32 00, s’il vous plaît, c’est urgent…

Allo, ici Nagaï. Qui est aux urgences ce soir? Bon. Pourriez-vous l’appeler, s’il vous plaît?

Un ami vient répondre et Nagaï lui demande s’il peut pratiquer immédiatement une appendicectomie. Sur sa réponse affirmative, Takashi retourne chercher Midori: Cela prendrait trop de temps d’appeler un taxi, avec toute cette neige.

Nous ne pouvons pas prendre le risque d’attendre, et s’adressant à M. Moryama: Si vous voulez bien porter la lanterne devant, je peux facilement porter Midori. Pendant le trajet, Takashi se rend compte que le coeur de Midori s’emballe et qu’elle est brûlante de fièvre. Sa vie est en danger. Il presse le pas. Enfin, voici l’hôpital! La salle d’opération est prête. Sept minutes après, tout est terminé. Midori est sauvée. En reconnaissance, celle-ci va tout mettre en oeuvre pour la conversion de son sauveteur.

L’année suivante, Takashi est mobilisé dans l’armée japonaise et il part combattre les Chinois en Mandchourie. Dans un colis que Midori lui envoie, se trouve un petit catéchisme qu’il lit avec intérêt.

Au bout d’un an, il revient au pays, presque désespéré par la prise de conscience des désordres de sa vie et le souvenir des affreux spectacles de la guerre. Il se rend à la cathédrale de Nagasaki et y rencontre un prêtre japonais qui le reçoit longuement. Encouragé, Takashi reprend son travail de radiologie et se met à étudier la Bible, la liturgie, la prière des catholiques.

Mais les exigences morales de l’Évangile et la nécessité de se séparer des attaches religieuses shintoïstes de sa famille font encore obstacle à sa conversion. Un jour, au milieu de ses doutes, il reprend les Pensées de Pascal et tombe sur une phrase qui attire son attention: Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. Soudain, tout se clarifie pour lui. Il prend sa décision et demande le baptême, qu’il reçoit en juin 1934. Il choisit le nom de Paul, en souvenir de saint Paul Miki, martyr japonais crucifié à Nagasaki en 1597.

Deux mois plus tard, il épouse Midori. Auparavant, il a voulu faire connaître à celle-ci les risques importants auxquels l’expose son métier. En effet, les radiologues de l’époque n’avaient pas les moyens de se protéger suffisamment contre les rayons X. Midori a compris le danger pour la vie de Takashi, mais elle entre dans ses vues et partage son idéal de pionnier, pour sauver des vies humaines. Nagaï va devenir plus qu’un médecin, un apôtre de la charité envers le prochain.

Il écrit: La tâche du médecin est de souffrir et de se réjouir avec ses patients, de s’ingénier à diminuer les souffrances comme si elles étaient les siennes mêmes. Il faut sympathiser avec leurs douleurs. Toutefois, en fin de compte, ce n’est pas le médecin qui guérit le malade, mais le bon plaisir de Dieu. Une fois que l’on a compris cela, le diagnostic médical engendre la prière.

À nouveau mobilisé, de juin 1937 à mars 1940, il participe comme médecin à la guerre sino-japonaise. Son dévouement à l’égard de tous, militaires japonais ou chinois, femmes, enfants et vieillards impitoyablement entraînés dans d’horribles tueries, a pris une extension héroïque. À son retour au Japon, les demandes de radiographies se multiplient. Bientôt, Takashi remarque sur ses mains des traces inquiétantes; il est, de plus, souvent épuisé. Il note dans son journal que parfois, quand il se sent complètement éteint, il ferme sa porte et va s’asseoir devant la statue de Marie dans son bureau. Il récite le chapelet et peu à peu retrouve la paix intérieure.

Trois ans de vie

Un collègue de Takashi le persuade de passer lui-même à la radiographie. Un matin de juin 1945, il s’exécute: Préparez l’appareil, dit-il à son aide. – Mais, Docteur, aucun patient n’est encore là. – Le patient, le voici, répond Nagaï en montrant sa poitrine. – Et le médecin? – Le voilà! Et il désigne ses yeux. À la vue de la radiographie, Nagaï a le souffle coupé: sur la partie gauche figure une large plaque noire: hypertrophie de la rate! Il diagnostique une leucémie. Il murmure: Seigneur, je ne suis qu’un serviteur inutile. Protégez Midori et nos deux enfants. Qu’il me soit fait selon votre volonté. Le docteur Kageura, chef du département de médecine interne, confirme son analyse: Leucémie chronique. Durée de vie: trois ans. Il a usé sa vie pour sauver des malades sans nombre, que personne d’autre que lui n’aurait pu radiographier.

Rentré chez lui, Takashi révèle tout à Midori. Celle-ci s’agenouille devant le crucifix que sa famille avait gardé pendant les 250 années de persécutions, et prie longuement, secouée de sanglots, jusqu’à ce que la paix revienne dans son âme. Nagaï prie lui aussi; le remords l’envahit à la pensée qu’il s’est toujours jeté tête baissée dans son travail, sans penser suffisamment à son épouse. Mais Midori se montre à la hauteur de la situation. Le lendemain, c’est un homme nouveau qui repart à son travail: l’acceptation totale de la tragédie de la part de Midori et son refus d’entendre parler de négligence l’ont rempli de force.

9 août 1945, onze heures et deux minutes. Un éclair aveuglant. Une bombe atomique vient d’exploser à Urakami, le quartier nord de Nagasaki. Dans la guerre qui les oppose au Japon, les dirigeants des États-Unis ont recours à une nouvelle arme terrifiante: la bombe A. Une première bombe à été lâchée sur Hiroshima, une deuxième dévaste Nagasaki: température 9 000°, 72 000 morts, 100 000 blessés.

À l’université de médecine, située à 700 mètres du centre de l’explosion, Nagaï, qui classe des films radiographiques, est projeté sur le plancher, le côté criblé d’éclats de verre. Le sang coule abondamment de sa tempe droite… les objets tourbillonnent comme les feuilles mortes en automne. Bientôt, un flot ininterrompu de blessés: des silhouettes sanglantes, les vêtements arrachés, les cheveux brûlés, accourent à la porte de l’hôpital Une vision d’enfer. Son chapelet! L’incendie s’approche de l’hôpital. On évacue les patients vers le sommet d’une colline voisine. Nagaï s’y dépense jusqu’à la limite de ses forces. À seize heures, l’incendie s’attaque au département de radiologie. Treize années de recherches, les instruments, la précieuse documentation, tout part en fumée. Le 10 août se passe à soigner les blessés. Le 11, le travail se fait un peu moins pressant, et Takashi part à la recherche de Midori, restée à la maison alors que les enfants et leur grand-mère sont en sûreté dans la montagne, depuis le 7 août. Il retrouve difficilement l’emplacement de son habitation dans une zone de tuiles et de cendres. Soudain, il découvre les restes carbonisés de son épouse.

À genoux, il prie et pleure, puis ramasse les os dans un récipient. Quelque chose brille faiblement dans la poudre des os de la main droite: son chapelet! Il incline la tête: Mon Dieu, je vous remercie de lui avoir permis de mourir en priant. Marie, mère des douleurs, merci de l’avoir accompagnée à l’heure de la mort Jésus, tu as porté la lourde croix jusqu’à y être crucifié. Maintenant, tu viens de répandre une lumière de paix sur le mystère de la souffrance et de la mort, celle de Midori et la mienne Étrange destinée: j’avais tant cru que ce serait Midori qui me conduirait au tombeau Maintenant ses pauvres restes reposent dans mes bras Sa voix semble murmurer: pardonne, pardonne. Le pardon de Nagaï sera parfait. Il aimera à porter les chrétiens découragés par la perte de leur famille, à considérer la bombe A comme faisant partie de la providence de Dieu, qui tire toujours le bien du mal. Le 15 août 1945, à midi, la radio transmet un message de l’Empereur annonçant la capitulation du Japon. Au début de septembre, Nagaï est mourant.

Les radiations de la bombe A ont aggravé son mal. Il reçoit les derniers sacrements et dit: Je meurs content, puis il tombe dans un demi-coma. On lui apporte de l’eau de la grotte de Lourdes construite non loin de là par le Père Maximilien Kolbe. J’entendis, écrira-t-il, une voix qui me disait de demander au Père Maximilien Kolbe de prier pour moi. Je le fis. Puis, je m’adressai au Christ et lui dis: Seigneur, je me remets entre tes mains divines. Le lendemain matin, Takashi est hors de danger et il attribue au Père Kolbe (aujourd’hui canonisé) la rémission de six ans que lui laisse sa maladie. Moi, je veux y vivre le premier! Tandis que les habitants craignent de revenir à Urakami, Nagaï déclare: Moi, je veux y vivre le premier! Il se bâtit un abri près de son ancienne maison: quelques tôles posées sur un restant de mur. Devant, deux pierres forment un foyer de fortune au-dessus duquel pend un chaudron. À côté, une vieille bouteille sans col: la réserve d’eau. Comme vêtement: un des uniformes de marin distribués par l’armée aux sinistrés. Il commence à évacuer les débris de sa maison. Il y découvre le crucifix qui appartenait à l’autel familial: Tout m’a été enlevé, dit-il; ce crucifix seul, je l’ai retrouvé.

Le 23 novembre 1945, Nagaï est invité à prendre la parole lors d’une Messe de Requiem célébrée à côté des décombres de la cathédrale d’Urakami. L’holocauste du Christ sur le Calvaire éclaire et donne sens à l’holocauste de Nagasaki: Au matin du 9 août, dit Takashi, une bombe atomique explosait au-dessus de notre faubourg. En un instant, 8 000 chrétiens furent appelés à Dieu… À minuit ce soir-là, notre cathédrale prit soudain feu et fut consumée. À cet instant même, au Palais Impérial, Sa Majesté l’Empereur fit connaître sa décision… Le 15 août, l’édit impérial qui mettait fin aux combats fut officiellement promulgué et le monde entier aperçut la lumière de la paix. Le 15 août est aussi la grande fête de l’Assomption de Marie. Ce n’est pas pour rien que la cathédrale d’Urakami lui était consacrée…

N’y a-t-il pas un rapport profond entre l’anéantissement de cette ville chrétienne et la fin de la guerre? Nagasaki n’était-elle pas la victime choisie, l’agneau sans tache, holocauste offert sur l’autel du sacrifice, tuée pour les péchés de toutes les nations pendant la deuxième guerre mondiale?… Soyons reconnaissants que Nagasaki ait été choisie pour cet holocauste! Soyons reconnaissants car, à travers ce sacrifice, la paix a été donnée au monde ainsi que la liberté religieuse au Japon. Au printemps de 1947, la maladie de Takashi l’oblige à s’aliter dans sa cabane. Il lui faut résigner sa charge de professeur, et, de ce fait, il se trouve sans ressources. Ma tête travaille encore, se dit-il. Les yeux, les oreilles, les mains et les doigts sont encore bons. Et il se met à écrire. Pour ses enfants encore bien jeunes, Makoto et Kayano, il rédige un recueil de conseils: Mes chers enfants, aimez votre prochain comme vous-mêmes. Voilà la parole que je vous laisse. C’est par elle que je commencerai cet écrit, c’est peut-être bien par elle que je conclurai et encore par elle que je me résumerai. Ce message, son seul exemple aurait suffit à l’imprimer dans leurs coeurs. Toute l’existence de leur père a-t-elle été autre chose qu’un héroïque service du prochain, service qui le conduit aujourd’hui à la mort?

Ce service, Nagaï veut y consacrer jusqu’à ses dernières heures Couché sur le dos, il écrit en tenant une planchette à dessin comme en emploient les écoliers. Il note: En me réveillant ce matin à 1 heure, la fièvre était tombée. Après avoir bu le café du thermos, j’ai pu écrire jusqu’à sept heures du matin, le travail a bien avancé! Il ne lui restera bientôt plus que la nuit pour écrire, car dès le matin les visiteurs s’annoncent, mais il ne leur montre aucune impatience: Cela m’ennuie, écrit-il, mais puisqu’ils ont la gentillesse de venir ici, ne dois-je pas tâcher de verser un peu de joie dans leur coeur et de leur parler de notre espérance catholique? Je ne peux pas les renvoyer. C’est dans ces conditions difficiles qu’il écrit et publie quinze volumes en quatre ans. Quel but se propose-t-il dans ses écrits? D’abord donner un compte-rendu fidèle de l’explosion atomique, à travers son expérience exceptionnelle et sa compétence personnelle, ensuite, travailler à l’établissement de la paix. Convaincu surtout qu’une paix durable ne peut se fonder que sur l’esprit d’amour qui resplendit dans la doctrine catholique, il considère comme sa vocation de propager le message chrétien.

Une seule garantie À la fin de son livre Les cloches de Nagasaki, il écrit: Est-ce que l’humanité sera heureuse à l’âge atomique, ou bien misérable? Cette arme à deux tranchants cachée par Dieu dans l’univers et maintenant découverte par l’homme, qu’allait-on en faire? Un bon usage ferait progresser à grands pas la civilisation; un mauvais détruirait le monde. La décision repose dans le libre vouloir de l’homme. Celui-ci tient son destin dans ses mains. En y songeant, on se sent pris de terreur et, pour ma part, je crois qu’un véritable esprit religieux est la seule garantie en ce domaine… À genoux dans les cendres du désert atomique, nous prions pour que cet Urakami soit la dernière victime de la bombe. La cloche sonne… O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. En mars 1951, l’état de santé du docteur est alarmant, sans altérer pour autant son habituelle bonne humeur.

En avril, il écrit son dernier livre. À peine l’a-t-il achevé, qu’il est victime d’une hémorragie cérébrale. On le transporte à l’hôpital où il perd connaissance. Revenu à lui, il dit à haute voix: Jésus, Marie, Joseph, puis plus faiblement: Je remets mon âme entre vos mains. Bouleversée, l’infirmière donne le grand crucifix de famille à Makoto, son fils, pour qu’il le porte à son père. Celui-ci le prend et s’écrie d’une voix étonnamment forte: Priez, s’il vous plaît, priez aussitôt c’est la fin en réalité, tout commence en Dieu, et Nagaï retrouve Midori à ses côtés, comme il l’avait souhaité six ans auparavant. C’est le 1er mai, début du mois de Marie. Lors des obsèques, à la cathédrale d’Urakami, le maire de Nagasaki fait la lecture solennelle de 300 messages de condoléances, en commençant par celui du Premier Ministre.

À la fin de la cérémonie, la foule se met en route pour le cimetière, à un kilomètre et demi au sud; la tête de la procession y parvient alors que la majeure partie n’a pas encore quitté la cathédrale. Takashi Nagaï est enterré à côté de Midori. Pour la tombe de celle-ci, il avait choisi comme épitaphe: Je suis la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon votre parole (Lc 1, 38); pour la sienne: Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire (Lc 17, 10). Son influence s’étend grâce à ses livres (dès 1948, on les lisait partout au Japon) qui ont fourni une contribution remarquable à l’éducation sociale de ses concitoyens et à l’évangélisation de son pays. Demandons à la Très Sainte Vierge et à saint Joseph, pour nous et tous ceux qui nous sont chers, une vraie conversion, un amour du prochain poussé jusqu’au sacrifice suprême, et une sainte mort qui nous introduise dans le bonheur éternel du Ciel

Pteros Impermanence l’impermanence

Pteros, un des intervenants du forum m’a envoyé ce texte pour le publier: L’IMPERMANENCE 

L’IMPERMANENCE par Pteros

Beaucoup de gens ressentent de temps à autre une certaine angoisse dont ils ignorent l’origine, ils s’interrogent, recherchent d’où pourrait provenir ce mal être qui leur donne un si mauvais moral. Ce malaise provient bien souvent d’un passé qui ne veut pas passer, un acte, une situation pénible, que l’on ne parvient pas à oublier et qui remonte à la surface sans que l’on soit allé le chercher. C’est uniquement par le travail sur soi que l’on peut parvenir à l’éradiquer.

Il m’arrive parfois, dans un trop rare moment de lucidité, de regarder le monde qui m’entoure et dans lequel je vis, comme un spectateur qui assiste à un film, un film qui aurait pour cadre la vie, notre vie, et qui n’aurait pas de fin, du moins pas la fin à laquelle nous sommes généralement habitués au cinéma.

En effet, nous savons d’avance, pour la plupart des films que nous voyons, que la fin sera heureuse, la justice et l’amour triompheront, et nous en garderons un souvenir tendre et ému.

Nous ne réalisons pas qu’en vérité, nous sommes tous les acteurs d’un film unique, qui se déroule dans un cadre unique, et dont nous ignorons totalement la fin, puisqu’il en comporte de multiples : une pour chacun d’entre-nous.

Françoise Hardy, chanteuse de ma génération, à interprétée une chanson fabuleuse qui disait : « A l’aurore je suis née, baptisée de rosée je me suis épanouie, heureuse et amoureuse aux rayons de soleil, me suis fermée la nuit … me suis réveillée vieille… pourtant j’étais très belle, oui j’étais la plus belle, des fleurs de ton jardin … »

La chanson s’intitule « mon amie la rose « et les paroles peuvent aussi s’appliquer à notre vie.

Quel plus beau symbole pour comprendre l’impermanence, que cette fleur épanouie aujourd’hui et fanée demain ?…

La Terre existe depuis la nuit des temps et une multitude d’êtres s’y sont succédés, tous sont passés, tous passent, tous passeront …

Nous commençons à nous approcher de la mort dés notre naissance, chaque chose, chaque être est soumis à cette notion d’impermanence.

Doit-on ressentir par cette certitude un sentiment de désarroi ou de tristesse ?… surtout pas !… l’impermanence est le sceau de la vie, l’impermanence est la vérité de la vie, et il est important de se rappeler que tout est impermanent.

Plus cette notion sera présente en nous , et plus il nous sera facile d’appréhender la vie de façon positive et utile.

Ce qui est évident aujourd’hui ne le sera pas demain, la vérité que je crois détenir aujourd’hui, sera désuète demain. Tout change, tout évolue et si nous n’y prenons pas garde, si nous ne restons pas sur ce chemin de vie qui s’étend au loin, qui serpente parmi les creux et les bosses, qui se perd dans de sombres ornières pour ressurgir sous un soleil resplendissant, nous serons vite dépassés.

Vivre au présent, vivre en pleine conscience est la seule possibilité qui s’offre à nous. Où que nous soyons, il suffit de regarder autour de nous et d’avoir la conviction que chaque objet est un enseignement sur l’impermanence.

Les situations évoluent, les hommes, les femmes, les enfants passent, ils grandissent ils changent, ils déménagent, ils meurent … en permanence …

Ne pas s’attacher à la matière, ne pas être esclave des sentiments, et méditer sur ce qui a vraiment un sens, prendre enfin conscience de l’utile, tirer des leçons de ses échecs, et avancer, toujours avancer sous peine d’être dépassé et piétiné.

Faut-il alors vivre en égoïste, ne s’occuper que de ce qui est bon pour soi sans se préoccuper de son prochain ?…

C’est peut être une solution, et certains ne se gênent pas pour l’appliquer, mais je pense qu’il est aussi très important d’être « bien dans sa peau « et c’est pour cela que l’égoïsme n’a pas sa place dans cette démarche.

L’impermanence nous enseigne que chaque objet a une histoire, chaque chose est unique, chaque chose a une vie qui lui est propre, l’impermanence nous donne une fantastique leçon d’espoir, si nous ne perdons pas confiance.

La maison dans laquelle nous vivons sera un jour détruite, la mauvaise humeur de mon voisin aura disparue demain, les griefs impardonnables que je formule à l’encontre d’un ancien ami, seront oubliés un jour.

Il faut comprendre la source, la raison de nos attachements pour, peu à peu lâcher prise, et ne pas en devenir dépendants.

Lorsque cette notion d’évolution sera bien intégrée, bien digérée, nous pourrons enfin écarter un passé qui plombe notre esprit, car nous aurons compris que regrets, remords et chagrins sont des sentiments qui bien qu’humains ne sont que des freins à notre évolution, des freins contre lesquels il n’existe aucun remède extérieur : c’est en nous que réside le raisonnement qui va nous faire entrer dans le présent sans trop se retourner.

Les exemples ne manquent pas : Orphée ramenant Eurydice des enfers et, oubliant l’unique condition qui lui était imposée, se retourne au dernier moment, provoquant ainsi la perte définitive de son épouse. Il y a aussi la femme de Loth qui s’enfuit avec lui de Sodome, la ville qui est sur le point d’être détruite et qui, bravant les consignes de son époux, se retourne quand même et se transforme instantanément en statue de sel.

Autant de symboles qui nous invitent a ne pas céder à l’appel du passé, pour vivre au présent. Quel qu’il soit, le passé ne nous appartient plus, nous pouvons changer notre présent, mais pas notre passé, alors il nous faut vivre avec, mais il ne doit pas être une entrave à notre évolution.

Combien d’êtres se sont enfermés dans leur passé, coupant ainsi toute possibilité de vie, tout contact extérieur, privant ainsi de toute joie, tout bonheur, tout plaisir, des familles entières.

Se complaindre dans le chagrin c’est nier l’impermanence, c’est manquer de présence auprès des êtres qui nous aiment, c’est faire preuve d’égoïsme.

Etre présent c’est comprendre que tout peut basculer dans la seconde qui suit : attentat, accident, maladie, infarctus, mort brutale … aussi bien pour soi même que pour les autres, alors est-il encore possible de vivre comme si nous ne savions pas ?…

Tous les êtres auxquels nous sommes très attachés, sont appelés à mourir, cela se fera avant ou après nous, avec ou sans souffrance, ceci est une certitude !… Faut-il s’enfermer dans une caverne coupé de tout contact afin de ne plus souffrir ?… Si c’était la solution, toutes les grottes et les cabanes isolées seraient habitées, créant quand même des problèmes de voisinage, et supprimant toute notion de solitude …

Faire face tout simplement, admettre cette impermanence et vivre avec, en toute simplicité mais avec en plus, cette notion d’amour, qui nous éloignerait de notre égoïsme légendaire.

« Vivre les malheurs d’avance, c’est les subir deux fois … « ( René Barjavel ) « l’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour cela que le présent nous échappe … » (Gustave Flaubert) « Le moment présent a un avantage sur tous les autres : il nous appartient … » (Charles Caleb Colton )

Avec son célèbre « Carpe Diem … « qui se traduit par : « Cueille le jour présent en te fiant le moins possible au lendemain …« Horace a résumé cette notion d’impermanence que nous retrouvons chez un grand nombre de poètes et d’écrivains.

Horace a aussi écrit : « imagine toi que chaque jour est le dernier qui luit pour toi, elle te sera agréable l’heure que tu n’espérais plus… » insistant ainsi sur l’importance de la prise de conscience.

La photo emprisonne une situation qui rappelle un moment privilégié, un souvenir heureux, et bien qu’on apprécie de la contempler, elle reste toujours figée, alors que la vie est mouvement. On ne peut pas rester indéfiniment devant une photo, pour raviver des souvenirs qui font mal, c’est de l’auto flagellation, et il ne nous est pas demandé de souffrir volontairement et inutilement, la vie s’en charge déjà …

Avoir à l’esprit cette notion d’impermanence, c’est apprécier chaque chose, c’est vivre au présent en ayant conscience que les privilèges qu’elle nous offre sont comptés, et qu’il ne faut pas les galvauder.

Tout peut changer, tout peut basculer à chaque instant, rien n’est jamais acquis, et je trouve cela passionnant, cette incertitude fait partie de la joie de vivre, cette incertitude comporte une immense notion d’optimisme qui fait de chacun d’entre nous un être à part, un être conscient et confiant.

Conscient que rien n’est figé, rien n’est gravé, rien n’est définitif, tout change, tout évolue, notre situation, nos pensées, nos relations, nos lectures, tout cela défile, se modifie, se complète, se transforme, disparaît … Nous ne nous reconnaissons pas nous-mêmes dans certaines situations, certaines idées, certaines prises de position … Et pourtant nous étions si sûrs de nous …

Confiant dans un avenir prometteur car en constant mouvement, un avenir dans lequel nous allons vivre pleinement en qualité d’acteur et non de spectateur, une vie passionnante et sereine. Nous pourrons alors faire face à chaque épreuve que l’on va rencontrer, tout en sachant qu’aucune ne sera au dessus de nos forces, tout en sachant que plus l’épreuve sera lourde, plus la confiance qui nous est accordée sera élevée. Confiant dans cette impermanence qui tel un torrent, va entraîner notre pensée dans un courant novateur, purificateur et bienfaiteur qui va nous permettre de relativiser, et qui va ainsi nous apporter la sagesse et la paix de l’esprit.

Et si je ne suis pas bien aujourd’hui, patience … cela ne va pas durer, tout passe … Tout change … Patience et confiance…

Ne pas envier son voisin, apprendre à apprécier ce que l’on a, apprendre à s’en contenter, et ne pas stagner, ne pas focaliser sur tel ou tel problème, « mektoub !… » disent les arabes, « c’est écrit … » ce n’est pas une fatalité, juste un épisode cela va passer, courbons l’échine et surtout ne nous plaignons pas, ne nous apitoyons pas : nous sommes vivants !… Quel meilleur cadeau ?…

Seuls les vivants peuvent souffrir, seuls les vivants peuvent manger boire et rire, seuls les vivants peuvent vivre , seuls les vivants peuvent prier … pour ceux qui souffrent … C’est ainsi que d’autres prient pour nous … quand nous souffrons …

Etre vivant, c’est être présent, combien de personnes sont des morts vivants ?… Combien de gens vivent comme des robots, des automates programmés, minutés, qui ne font que passer sans apprécier ce cadeau divin qui leur est fait …« laissez les morts enterrer les morts !… » à dit le Christ … Il a dit aussi : « Réveillez vous !… »

Vivre en pleine conscience cette impermanence c’est la reconnaître, et enfin l’accepter, ce qui permet d’avoir une perception très différente des évènements et péripéties qui nous accablaient hier, et qui aujourd’hui ne sont plus que futilité et dérision.

Alors en toute conscience restons éveillés, vivons pleinement cette vie d’incertitude et de joie, chaque jour apporte sa peine, c’est-à-dire non pas son chagrin, mais son travail, les évènements auxquels nous allons être confrontés, et qui seront tristes ou heureux en fonction de l’état d’esprit dans lequel nous serons : notre volonté, notre moral doivent s’affirmer dès le matin au lever : aujourd’hui est un beau jour et ce qui arrivera sera pleinement vécu avec confiance, sans penser au lendemain, car demain est un autre jour…

Une seule permanence dans ce monde d’impermanence : Dieu qui nous regarde avec tendresse, et qui nous envoie, tel un ambassadeur de lumière, le soleil qui illumine chacun de nos jours, le soleil qui comme Lui, éclaire sans discrimination chaque habitant de cette terre .

Ptéros