{"id":54,"date":"2008-04-01T15:49:06","date_gmt":"2008-04-01T13:49:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/2008\/04\/01\/sedir-jeanne-darc-sedir-theologien-jeanne-darc-yvon-le-loup\/"},"modified":"2010-06-08T11:40:49","modified_gmt":"2010-06-08T09:40:49","slug":"sedir-jeanne-darc-sedir-theologien-jeanne-darc-yvon-le-loup","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/2008\/04\/01\/sedir-jeanne-darc-sedir-theologien-jeanne-darc-yvon-le-loup\/","title":{"rendered":"S\u00e9dir Jeanne d&rsquo;Arc, Sedir th\u00e9ologien, Jeanne D&rsquo;Arc Yvon le loup"},"content":{"rendered":"<p>JEANNE D&rsquo;ARC<\/p>\n<p>On conna\u00eet l&rsquo;histoire de Jeanne d&rsquo;Arc, du moins pour les grandes lignes et pour les incidents ext\u00e9rieurs. Or c&rsquo;est tout ce que l&rsquo;on peut esp\u00e9rer en conna\u00eetre, car la v\u00e9ritable histoire se cache dans une ombre imp\u00e9n\u00e9trable.<\/p>\n<p>Quoi qu&rsquo;en pensent le public cr\u00e9dule et les \u00e9rudits, d&rsquo;une autre mani\u00e8re aussi cr\u00e9dules, lorsqu&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 instruit des dessous de certains \u00e9v\u00e9nements, lorsqu&rsquo;on a re\u00e7u de certains personnages quelques confidences sinc\u00e8res, il faut bien s&rsquo;avouer que les pi\u00e8ces originales les plus secr\u00e8tes peuvent \u00eatre, sont presque toujours inexactes. La foi na\u00efve des archivistes a beau admettre leur v\u00e9racit\u00e9, il n&rsquo;en reste pas moins \u00e9vident que tout homme d&rsquo;\u00c9tat sait qu&rsquo;un \u00e9crit demeure; nous le savons bien nous, simples particuliers; ce n&rsquo;est que dans les romans que le criminel ou le h\u00e9ros tient un journal de son crime ou de sa vertu.<\/p>\n<p>Que Jeanne fut Champenoise et non Lorraine; que son nom s&rsquo;\u00e9crive avec ou sans particule; qu&rsquo;une de ses soeurs, Claude, ait jou\u00e9 aupr\u00e8s d&rsquo;elle, puis, apr\u00e8s  elle, de 1436 \u00e0 1440, un r\u00f4le guerrier sous le nom de Dame des Armoises; que son p\u00e8re, par ses fonctions municipales dans un village situ\u00e9 sur la grand&rsquo;route de Langres \u00e0 Domremy, ait re\u00e7u de certains \u00e9missaires des nouvelles fr\u00e9quentes concernant la situation de la France ; que les communaut\u00e9s franciscaines avec saint Bernardin et sainte Colette de Corbie aient aid\u00e9 partout la jeune fille et aient mobilis\u00e9 en sa faveur les moines et le peuple; que sa mission ait \u00e9t\u00e9 une lutte contre les Templiers reconstitu\u00e9s en Angleterre, soutenue par le parti gaulois et celtique; que l&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;elle d\u00e9signait sous le nom de Roy du Ciel ait \u00e9t\u00e9 le chef occulte de ce parti, r\u00e9sidant aux environs de Mende; que la duchesse Anne de Bedford l&rsquo;ait visit\u00e9e dans sa prison comme repr\u00e9sentante des Lords ennemis des Templiers : tout cela reste encore inv\u00e9rifiable; ce sont d&rsquo;ailleurs des \u00ab comment \u00bb. Il me semble d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat plus pratique de rechercher avec vous les \u00ab pourquoi \u00bb et les \u00ab parce que \u00bb. C&rsquo;est la vie int\u00e9rieure de notre h\u00e9ro\u00efne, sa formation spirituelle qui doit nous int\u00e9resser, car la sublimit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me vitalise les \u00e9v\u00e9nements, tandis que les \u00e9v\u00e9nements ne peuvent transporter au surhumain les vell\u00e9it\u00e9s d&rsquo;une \u00e2me vulgaire.<\/p>\n<p>A aucune \u00e9poque, peut-\u00eatre, plus qu&rsquo;\u00e0 la n\u00f4tre, des voix aussi nombreuses ne se sont \u00e9lev\u00e9es contre<br \/>\nles patries; on a le devoir de les tenir pour sinc\u00e8res. Cependant la formation d&rsquo;une patrie est un ph\u00e9nom\u00e8ne aussi naturel que la formation des diff\u00e9rentes classes sociales. Qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui se fasse un partage exact des fortunes, est-ce que, dans un si\u00e8cle, il n&rsquo;y aura pas des riches et des pauvres ? Dans notre corps, est-ce que les jambes ne se fatiguent pas davantage que les muscles du tronc ? Est-ce que les cellules du muscle cardiaque ne travaillent pas jour et nuit, tandis que d&rsquo;autres se reposent ?<\/p>\n<p>Il faut en revenir \u00e0 la grande th\u00e9orie ancienne que d\u00e9couvrent la sociologie et la psychophysiologie modernes : tout individu est une collectivit\u00e9, toute collectivit\u00e9 est un individu. Le genre humain est un \u00eatre dont les races et les peuples sont les organes et les hommes, les cellules. Le but vers lequel Dieu l&rsquo;oriente, les mouvements qu&rsquo;Il lui imprime nous demeurent plus inconnaissables que le plan de la bataille au fantassin. Nous savons seulement que le but existe et que la bataille se livre; tout lutte sans cesse et partout; une respiration qui entretient notre vie, un repas, un mouvement d\u00e9terminent dans notre organisme des morts innombrables.<\/p>\n<p>Chaque race, chaque peuple joue son r\u00f4le, choisi par la Providence. Il y a une sp\u00e9cialisation ethnique aussi n\u00e9cessaire que la sp\u00e9cialisation des m\u00e9tiers. Si chacun devait b\u00e2tir sa maison, tisser ses v\u00eatements, cultiver son bl\u00e9, instruire ses enfants, s&rsquo;instruire lui-m\u00eame, faire lui-m\u00eame les mille objets dont  il se sert journellement, devenir pour son propre compte philosophe, savant, artiste, comment nous en sortirions-nous ? L&rsquo;Asiatique a son travail, l&rsquo;Europ\u00e9en, l&rsquo;Am\u00e9ricain, le leur; l&rsquo;Italie est incapable de faire le travail de l&rsquo;Angleterre, et la Chine celui de la France. Tout peuple est choisi pour une certaine besogne, comme tout individu : l&rsquo;intuition qui anime chacun d&rsquo;eux, c&rsquo;est leur id\u00e9al particulier.<\/p>\n<p>Regardons l&rsquo;Europe pendant les si\u00e8cles lointains o\u00f9 elle s&rsquo;organise. Une race que je crois autochtone la peuple d&rsquo;abord : ce sont les Celtes; mais les autres continents lui envoient des visiteurs : des Atlantes, des Noirs, des Jaunes. Puis, apr\u00e8s des cycles, l&rsquo;\u00c9glise et l&rsquo;\u00c9tat se consolident lentement, d&rsquo;abord en Italie, en Espagne, en France. Mais la vie sociale y oscille entre le p\u00f4le de Lumi\u00e8re : une soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne communiste, et le p\u00f4le de T\u00e9n\u00e8bres : une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;imp\u00e9rialisme antichr\u00e9tienne. Entre les nations, la France est choisie pour porter un certain flambeau, et elle le porte \u00e0 travers un d\u00e9luge de douleurs. Vous vous souvenez du moyen \u00e2ge, de ses guerres, de ses \u00e9pid\u00e9mies, de ses famines, et de son invincible foi ? Vous repr\u00e9sentez-vous ce que furent les Croisades et la guerre de Cent ans ?<\/p>\n<p>Sans doute, en subissant la terrible calamit\u00e9 des suites de laquelle nous souffrons tous encore, vous \u00eates-vous demand\u00e9 pourquoi les si\u00e8cles n&rsquo;apportent pas d&rsquo;am\u00e9lioration stable \u00e0 notre sort, sauf dans le domaine mat\u00e9riel; toujours les m\u00eames mis\u00e8res, les  m\u00eames violences, les m\u00eames ruses; toujours le m\u00eame triomphe des mauvais; toujours le m\u00eame \u00e9crasement des petits. Mais il faut reconna\u00eetre que telle est la loi de la Mati\u00e8re;toujours ses adorateurs d\u00e9tiendront le pouvoir jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure terminale du grand r\u00e8glement de comptes; toujours les adorateurs de l&rsquo;Esprit seront victimes, comme leur Ma\u00eetre; telle est la loi de l&rsquo;Amour. La vie ressemble \u00e0 une balance dont un seul plateau est visible : celui du Mal; le plateau du Bien reste cach\u00e9 aux regards de l&rsquo;observateur; la Lumi\u00e8re ne descend ici-bas que pour \u00eatre engloutie par les T\u00e9n\u00e8bres, qu&rsquo;elle modifie myst\u00e9rieusement. Les \u00e9poques de grande perversit\u00e9 insolente sont les \u00e9poques des grandes saintet\u00e9s inconnues; car, si les maux s&rsquo;additionnent, les sacrifices et les implorations se multiplient.<\/p>\n<p>Or, entre toutes les nations de l&rsquo;Europe, la France fut choisie de Dieu pour accomplir parmi ses soeurs cadettes l&rsquo;oeuvre de Lumi\u00e8re. Elle n&rsquo;a pas \u00e0 tirer orgueil de cette \u00e9lection : elle n&rsquo;a fait que ce que le Ciel lui a donn\u00e9 la force de faire; d&rsquo;ailleurs, comme le saint qui reste humble devant la foule v\u00e9n\u00e9rante, la France est rest\u00e9e humble; nous sommes le moins chauvin des peuples, nous trouvons mieux tout ce qui se fait \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, nous n&rsquo;avons \u00e0 priori que des critiques pour tout ce qui se passe chez nous; et<br \/>\nc&rsquo;est cette inconsciente modestie qui nous rend capables de suivre les impulsions d&rsquo;En Haut.<\/p>\n<p>Ce qui constitue une patrie, ce n&rsquo;est pas sa population, sa richesse, sa culture, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble des \u00e9nergies spirituelles dont sa personnalit\u00e9 visible n&rsquo;est que le corps g\u00e9ographique, social et intellectuel. Quand les th\u00e9ologiens ou les contemplatifs nous parlent des anges des nations, ils n&rsquo;entendent pas indiquer les rayonnements des travaux de ses habitants; ils pensent \u00e0 des \u00eatres ind\u00e9pendants d&rsquo;elles, pr\u00e9existants \u00e0 elles, et commis pour transmettre aux \u00e2mes collectives les ordres et les secours directs du Ciel. Comme l&rsquo;individu, la nation poss\u00e8de son moi psychique, dont le peuple terrestre n&rsquo;est que le corps. C&rsquo;est le moi qui unifie les innombrables \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes venus de toute la plan\u00e8te; c&rsquo;est le moi qui inspire et ce peuple et ses chefs, selon son intelligence propre, selon les tentations que lui pr\u00e9sente l&rsquo;ange de Satan, selon les lumi\u00e8res que lui offre l&rsquo;ange du Christ.<\/p>\n<p>Toutefois, dans les heures d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es, le Ma\u00eetre de l&rsquo;Univers envoie un secours expr\u00e8s \u00e0 la cr\u00e9ature en d\u00e9tresse, que ce soit un homme, un pays ou un astre. J&rsquo;\u00e9num\u00e9rerais volontiers les diverses circonstances o\u00f9 notre patrie fut sauv\u00e9e par un bras glorieux ou obscur, visible ou invisible; mais les opinions politiques sont pointilleuses; les noms que je citerais choqueraient certainement l&rsquo;un ou l&rsquo;autre; tenons-nous-en \u00e0 nommer Jeanne d&rsquo;Arc, que tous les partis c\u00e9l\u00e8brent maintenant et r\u00e9clament \u00e0 l&rsquo;envi.<\/p>\n<p>Ainsi, entre toute cr\u00e9ature et le reste de la cr\u00e9ation, se hi\u00e9rarchisent un certain nombre d&rsquo;autres cr\u00e9atures qui l&rsquo;aident \u00e0 remplir les fonctions normales de son existence. L&rsquo;antiquit\u00e9, les traditions populaires nomment ces collaborateurs esprits, g\u00e9nies, dieux; et tout l&rsquo;ensemble de cette organisation constitue l&rsquo;ordre naturel. En outre, \u00e0 travers cela existe, depuis la descente du Verbe, l&rsquo;ordre surnaturel, qui offre \u00e0 chaque cr\u00e9ature la possibilit\u00e9 d&rsquo;une communication directe avec le Cr\u00e9ateur, au moyen de Son Fils. Cet ordre seul nous int\u00e9resse. Le Christ, la Vierge, leurs anges inspirent l&rsquo;\u00eatre qui les appelle, ou suscitent du milieu d&rsquo;un peuple le patriote capable de recevoir la force qu&rsquo;ils lui infusent et de l&rsquo;utiliser. Il arrive encore, lorsque le p\u00e9ril extr\u00eame exige pour \u00eatre conjur\u00e9 le concours total de la nation, tout ensemble accourue aupr\u00e8s de son sauveur, qu&rsquo;une inspiration ne soit pas assez entra\u00eenante, qu&rsquo;un ange m\u00eame d\u00e9concerte la foule au lieu de l&rsquo;enthousiasmer parce qu&rsquo;il est d&rsquo;une essence trop \u00e9trang\u00e8re \u00e0 elle.<\/p>\n<p>Le Christ choisit alors un de Ses Amis, un esprit humain parfait, libre et pur; Il le charge de la mission salvatrice et lui conf\u00e8re les pouvoirs et les facult\u00e9s utiles \u00e0 cet accomplissement. Cet envoy\u00e9 quitte le Royaume de Dieu, se cherche, dans le peuple qu&rsquo;il doit d\u00e9livrer, le pays et la famille qui puissent lui fournir un corps convenable \u00e0 ses travaux futurs, et il s&rsquo;incarne.<\/p>\n<p>Tel fut le cas de Jeanne d&rsquo;Arc, et ainsi s&rsquo;expliquent les particularit\u00e9s d\u00e9concertantes de son existence et de sa mort.<\/p>\n<p>Voici une famille, paysanne quoique la premi\u00e8re de son clocher. Le p\u00e8re, homme de t\u00eate, para\u00eet-il, et de bon labeur; la m\u00e8re, enceinte pour la troisi\u00e8me fois, r\u00eave qu&rsquo;elle accouche de la foudre; singulier pr\u00e9sage pour ceux qui savent ce qu&rsquo;est la foudre. Et, quelque temps ensuite, lorsque l&rsquo;enfant na\u00eet, la nuit de l&rsquo;\u00c9piphanie 1412, les gens du village s&rsquo;\u00e9veillent et, saisis d&rsquo;une joie sans motif, se mettent \u00e0 chanter et \u00e0 danser. Puis tout rentre dans la monotonie quotidienne.<\/p>\n<p>La petite fille grandit, silencieuse, solitaire, pieuse; elle veille aux soins domestiques, elle garde les malades et visite l&rsquo;\u00e9glise et les chapelles; on ne lui apprend ni \u00e0 lire, ni \u00e0 \u00e9crire; rien que le Pater, l&rsquo;Ave Maria, le Credo, un peu d&rsquo;histoire sacr\u00e9e, les l\u00e9gendes saintes, des r\u00e9cits populaires : le minimum le plus r\u00e9duit \u00e0 cette enfant qui devra plus tard convaincre hommes d&rsquo;\u00c9tat, grandes dames et th\u00e9ologiens. Pourquoi ? Pourquoi le Ciel prive-t-Il toujours Ses envoy\u00e9s de la culture humaine ? Parce que Son enseignement s&rsquo;oppose au n\u00f4tre en principe et en m\u00e9thode; parce que rien ne doit distraire le serviteur \u00e9lu de l&rsquo;objectif qu&rsquo;il lui faut atteindre, rien ne doit prendre la place des forces surnaturelles qui descendent sur lui incessamment autant qu&rsquo;il peut en recevoir; parce que,  pour tout dire d&rsquo;un coup, la Lumi\u00e8re ne vient que dans les T\u00e9n\u00e8bres et jamais ailleurs.<\/p>\n<p>Jeanne priait sans cesse en gardant ses moutons et en filant; le son des cloches l&rsquo;\u00e9mouvait par-dessus tout, souvenir sans doute d&rsquo;harmonies entendues dans un pass\u00e9 myst\u00e9rieux. Or, un apr\u00e8s-midi, dans le jardin de son p\u00e8re, une gloire efface devant ses yeux les contours des maisons voisines et des arbres familiers; saint Michel, le l\u00e9gendaire vainqueur de l&rsquo;Archange r\u00e9volt\u00e9, lui ordonne de partir \u00e0 la d\u00e9livrance de son pays; il revient \u00e0 plusieurs reprises; sainte Catherine, sainte Marguerite apparaissent; et ici la douleur entre en grand arroi dans l&rsquo;\u00e2me de \u00ab la pauvre fille, ne sachant ni chevaucher, ni guerroyer \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;immense douleur de tout son pays roule sur elle : depuis cinquante ans, moissons saccag\u00e9es, villages br\u00fbl\u00e9s, hommes d&rsquo;armes d\u00e9vastateurs, braves gens au d\u00e9sespoir, opprobres de l&rsquo;\u00e9tranger, tout cela p\u00e8se sur le coeur de l&rsquo;enfant, le martyrise et l&rsquo;affole. Ses compagnes bl\u00e2ment sa solitude, les gar\u00e7ons se moquent d&rsquo;elle, ses parents veulent la marier, le cur\u00e9 de Vaucouleurs l&rsquo;exorcise. Elle entre dans les t\u00e9n\u00e8bres mystiques dont les feux glac\u00e9s ach\u00e8vent la trempe des \u00eatres d&rsquo;exception. Elle souffre comme dans un enfer, car aucun de ceux qu&rsquo;elle aime n&rsquo;est avec elle. Leurs personnes sont l\u00e0, mais leurs esprits vaguent si loin; ils ne s&rsquo;occupent pas des calamit\u00e9s, eux, tant qu&rsquo;ils ne sont pas atteints; tout ce que les rouliers, les voyageurs, les moines racontent, ils n&rsquo;y peuvent rien,  disent-ils; \u00e7a ne les regarde pas. Jeanne est seule, avec ses moutons, avec ses \u00e9blouissants visiteurs inexorables, car tout ce d\u00e9luge de mis\u00e8res la regarde, elle, l&rsquo;impuissante berg\u00e8re.<\/p>\n<p>Et voici qu&rsquo;une seconde t\u00e9n\u00e8bre la d\u00e9vaste. Il y a des gens de bien, pense-t-elle, dans tous ces bons Fran\u00e7ais qui souffrent; dans tout ce peuple dont elle dira plus tard qu&rsquo;au si\u00e8ge d&rsquo;Orl\u00e9ans \u00ab elle n&rsquo;a jamais pu voir sang de Fran\u00e7ais sans que ses cheveux ne se l\u00e8vent \u00bb. Il y a des braves gens qui font bien leur ouvrage et bien leur pri\u00e8re, et la catastrophe continue; alors, cela ne sert donc \u00e0 rien, toutes ces douleurs, depuis le temps qu&rsquo;elles durent ? Elles sont inutiles, elles se perdent ? Dieu ne les voit pas ? Dieu abandonne tout ce beau pays ?<\/p>\n<p>Le redoutable probl\u00e8me des guerres et des calamit\u00e9s qui, d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge, renaissent des cendres qu&rsquo;elles ont faites se pose ici, donnant \u00e0 Dieu un visage implacable; mais \u00e0 tort. En effet, si nous voyons bien ce que ces catastrophes nous infligent, nous ne voyons pas ce qui adviendrait si elles ne se produisaient plus. D&rsquo;autre part, les \u00eatres dont l&rsquo;existence coule tout unie, les peuples qui vivent dans la paix pastorale, que font-ils, d\u00e8s que le bonheur devient monotone, sinon d&rsquo;en sortir en s&rsquo;entre-d\u00e9chirant ? Les hommes heureux ne s&rsquo;endorment-ils pas dans le nonchaloir ?<\/p>\n<p>Rien de beau na\u00eet-il sans lutte et sans souffrance ? Quand le voisin ne nous attaque pas, ne nous h\u00e2tons-nous pas de l&rsquo;attaquer ? La paix sociale n&rsquo;exasp\u00e8re-t-elle pas les convoitises individuelles ? Dans les petites villes, dans les petits clans confortables, la m\u00e9disance, la calomnie, les intrigues ne fleurissent-elles pas comme les mauvaises herbes dans un champ en jach\u00e8re ? Non, ni les hommes, ni les peuples ne savent jouir de la paix, sinon pour s&rsquo;endormir dans l&rsquo;inertie ou pour inventer des discordes plus perverses. C&rsquo;est notre folie qui rend la guerre possible.<\/p>\n<p>Telles \u00e9taient les lourdes pens\u00e9es d\u00e9ferlant en temp\u00eate sur le coeur ing\u00e9nu de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne fran\u00e7aise.<br \/>\nOr ses Voix ne lui expliquent rien; elles la laissent se d\u00e9battre dans sa noire incertitude; elles lui r\u00e9p\u00e8tent seulement d&rsquo;aller trouver le Roi et de chasser les Anglais; et Jeanne se lamente en silence, et tremble et se d\u00e9sesp\u00e8re; et elle ne peut rien dire \u00e0 personne. Et cette agonie dure cinq ans. Contemplons ici l&rsquo;exemple que nous donnent les ambassadeurs de l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Leur Ma\u00eetre porte tout le long des si\u00e8cles le total complet de tout ce que peut souffrir le genre humain, de tout ce que nos r\u00e9voltes peuvent faire souffrir \u00e0 Dieu, de tout ce que l&rsquo;antique ennemi peut faire souffrir \u00e0 l&rsquo;un et \u00e0 l&rsquo;autre. Chaque h\u00e9raut de l&rsquo;Absolu passe par une nuit dans le Jardin des Oliviers, dont l&rsquo;horreur se proportionne \u00e0 ses forces et au caract\u00e8re de sa mission.<\/p>\n<p>Toutes les larmes de la patrie sont tomb\u00e9es sur le coeur de Jeanne d&rsquo;Arc, toutes ses blessures l&rsquo;ont bless\u00e9e, tous ses d\u00e9sespoirs l&rsquo;ont ravag\u00e9e. Ce que le Christ a mis quelques heures \u00e0 subir pour la chr\u00e9tient\u00e9 future, la petite berg\u00e8re l&rsquo;a eu pendant presque cinq ans pour sa patrie, ou plut\u00f4t pour sa race.<\/p>\n<p>Quoique l&rsquo;initiation christique se proportionne toujours \u00e0 la force du sujet qui la re\u00e7oit, ceux qui en ont exp\u00e9riment\u00e9 la rigueur, se souvenant de leurs angoisses, admireront en toute justice la constance des grands missionn\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour les \u00eatres d&rsquo;un lignage c\u00e9leste, les n\u00e9cessit\u00e9s de la vie mat\u00e9rielle et ses souffrances importent peu. Louis de Contes affirme qu&rsquo;un morceau de pain suffisait \u00e0 Jeanne d&rsquo;Arc; le Bourgeois de Paris relate que les oiseaux et les animaux des champs venaient manger dans sa main; et nous savons comment, malgr\u00e9 la cour et les pr\u00e9lats, le peuple se rangea d&rsquo;instinct sous son \u00e9tendard. Tel est l&rsquo;attrait puissant de la Lumi\u00e8re : la Vie parle \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>Mais la Lumi\u00e8re aussi trouble les T\u00e9n\u00e8bres et les fait bouillonner; jamais elles ne se soumettent \u00e0 sa douce influence; elles veulent la domination, et c&rsquo;est elles qui ont inspir\u00e9 cette maxime \u00e0 double sens que \u00ab la fin justifie les moyens \u00bb. Quand la force leur manque, elles emploient la ruse; tous les missionn\u00e9s sont donc le plus en butte aux tra\u00eetrises, Jeanne d&rsquo;Arc davantage peut-\u00eatre qu&rsquo;aucun autre; elle avait bien le droit de dire \u00e0 ses partisans : \u00ab Je ne crains que la trahison \u00bb.<\/p>\n<p>Aussi attaque-t-elle d&rsquo;abord la trahison du duc de Bourgogne au profit de l&rsquo;Angleterre. Imm\u00e9diatement suspect\u00e9e par la Tr\u00e9mouille et les gens de guerre, puis par les gens d&rsquo;\u00e9glise, desservie par l&rsquo;inconcevable faiblesse du roi Charles VII, c&rsquo;est Yolande d&rsquo;Aragon qui oblige celui-ci \u00e0 la recevoir \u00e0 Chinon : entrevue dont ce prince sort, dit Alain Chartier, \u00ab comme s&rsquo;il venait d&rsquo;\u00eatre visit\u00e9 par le Saint-Esprit \u00bb. A Poitiers, les th\u00e9ologiens lui tendent des pi\u00e8ges : \u00ab Beau spectacle, s&rsquo;\u00e9crie le m\u00eame chroniqueur, que de la voir disputer, femme contre les hommes, ignorante contre les doctes, seule contre tant d&rsquo;adversaires \u00bb. Journellement, le roi et ses favoris contrecarrent ses desseins. Ce fut une sournoise mesure de Charles VII qui fit \u00e9chouer sa tentative sur Paris. \u00c9coeur\u00e9e, elle d\u00e9posa son armure dans la basilique de Saint-Denis et voulut retourner \u00e0 son village. Ses Voix lui ordonn\u00e8rent de rester.<\/p>\n<p>La cour trouva un berger visionnaire des C\u00e9vennes pour l&rsquo;opposer \u00e0 Jeanne; mais sa capture rendit inutile cette fourberie. Les 1O.OOO livres d&rsquo;or que Jean de Luxembourg re\u00e7ut des Anglais pour le prix de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efque berg\u00e8re provenaient d&rsquo;un imp\u00f4t lev\u00e9 sur la Normandie. C&rsquo;est avec de l&rsquo;argent fran\u00e7ais que fut pay\u00e9 le plus pur du sang fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Ses juges n&rsquo;os\u00e8rent pas la condamner comme adversaire de ceux qui les avaient achet\u00e9s; ils surent salir devant le peuple la loyale patriote en inventant des accusations d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie et de sorcellerie. Le 24 mai 1431, ces hommes iniques lui firent signer un parchemin  &#8211; \u00e0 elle qui ne savait ni lire ni \u00e9crire &#8211; moyennant quoi ils lui assuraient la vie sauve et le s\u00e9jour dans une maison religieuse o\u00f9 elle pourrait communier. Cette feuille, au dire des t\u00e9moins oculaires, contenait six ou sept lignes d&rsquo;une grosse \u00e9criture; or le document pr\u00e9sent\u00e9 plus tard comme \u00ab l&rsquo;acte d&rsquo;abjuration \u00bb de Jeanne comprend quarante-cinq lignes tr\u00e8s serr\u00e9es d&rsquo;une tr\u00e8s fine \u00e9criture. De plus, les m\u00eames t\u00e9moins nous r\u00e9v\u00e8lent que, dans le document primitif, ces hommes d&rsquo;\u00e9glise et de loi, qui avaient \u00e9t\u00e9 pay\u00e9s pour condamner leur prisonni\u00e8re \u00e0 mort, lui faisaient dire qu&rsquo; \u00ab elle s&rsquo;en remettait \u00e0 leur conscience \u00bb.<\/p>\n<p>Autre chose. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 excommuni\u00e9e, elle aurait d\u00fb \u00eatre jug\u00e9e par le bailli, juge s\u00e9culier. Mais celui-ci ordonna simplement au bourreau : \u00ab Fais ton affaire \u00bb. De sorte que Jeanne fut br\u00fbl\u00e9e sans qu&rsquo;une sentence de mort ait \u00e9t\u00e9 rendue contre elle.<\/p>\n<p>Dix-neuf ans apr\u00e8s sa mort, en 1450, \u00e0 la suite de la soumission de la ville de Rouen, le roi projeta une r\u00e9vision du proc\u00e8s, non pas \u00e0 cause d&rsquo;elle, mais pour \u00e9tablir qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas d\u00fb son sacre \u00e0 une h\u00e9r\u00e9tique. Le pape Nicolas V refusa, de peur d&rsquo;indisposer l&rsquo;Angleterre; la famille d&rsquo;Arc intervint; mais ce ne fut que le 7 juillet 1456 que l&rsquo;archev\u00eaque de Reims, autoris\u00e9 par le pape Calixte III, proclama la r\u00e9habilitation de la bonne Lorraine. dans le palais \u00e9piscopal de cette m\u00eame ville de Rouen, o\u00f9 \u00ab elle avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 la peine \u00bb la plus injuste.<\/p>\n<p>Le Christ est venu parmi les siens et les siens ne L&rsquo;ont pas reconnu; Jeanne d&rsquo;Arc aussi a \u00e9t\u00e9 reni\u00e9e par ceux qu&rsquo;elle sauvait, et sa m\u00e9moire oubli\u00e9e pendant quatre si\u00e8cles. Telle est la r\u00e8gle pour les serviteurs que le Ciel investit d&rsquo;une mission publique. Et personne ne peut estimer de quel retard la mort h\u00e2tive de notre h\u00e9ro\u00efne a pu \u00eatre \u00e0 l&rsquo;accomplissement des desseins providentiels. La France ne fut libre des envahisseurs que six ans apr\u00e8s; car Jeanne ne consid\u00e9rait pas son oeuvre comme s&rsquo;arr\u00eatant \u00e0 la d\u00e9livrance d&rsquo;Orl\u00e9ans et au sacre de Reims; elle voulait encore rendre Paris au roi et le pays tout entier; et l&rsquo;on voit dans ses lettres au r\u00e9gent d&rsquo;Angleterre et au duc de Bourgogne qu&rsquo;elle projetait de r\u00e9unir ensemble les nations chr\u00e9tiennes contre les Sarrasins. Si ce plan s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9alis\u00e9, quel bouleversement de l&rsquo;histoire, que de fleuves de sang n&rsquo;auraient pas coul\u00e9, que d&rsquo;erreurs n&rsquo;auraient pas d\u00e9sax\u00e9 l&rsquo;Occident, quelles pacifications sur toute la M\u00e9diterran\u00e9e, quelle avance, quelle am\u00e9lioration dans les destins futurs de la Germanie, de la Russie, de la p\u00e9ninsule balkanique, de l&rsquo;Islam.<\/p>\n<p>Mais quoi !  Jeanne savait \u00ab tout ce pourquoi elle \u00e9tait n\u00e9e \u00bb, comme elle l&rsquo;avoue simplement, tout ce qui devait \u00eatre et tout ce qui aurait pu \u00eatre. Je ne rapporterai pas les pr\u00e9dictions qu&rsquo;elle a faites; annonc\u00e9e par Merlin et par Marie d&rsquo;Avignon, elle put encore s&rsquo;annoncer elle-m\u00eame. \u00ab J&rsquo;aimerais mieux, avouait-elle au car\u00eame de 1429, rester \u00e0 filer pr\u00e8s de ma pauvre m\u00e8re; mais personne que moi ne peut  recouvrer le royaume de France; il faut que j&rsquo;aille, mon Seigneur le veut \u00bb. Et aux incr\u00e9dules, comme Baudricourt, elle r\u00e9pondait, de m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 ses juges : \u00ab Tout ce que j&rsquo;ai fait est par ordre du Seigneur, j&rsquo;en attends bon garant et bon aide&#8230; Ne me plaignez pas, c&rsquo;est pour cela que je suis n\u00e9e. \u00bb..<\/p>\n<p>Et encore : \u00ab Je viens de par Dieu, renvoyez-moi \u00e0 Dieu, dont je suis venue; vraiment je suis envoy\u00e9e de Dieu et vous qui vous dites mon juge, vous vous mettez en grand danger \u00bb. Et encore : \u00ab Les saintes me disent : \u00ab Prends tout en gr\u00e9, ne te soucie de ton martyre, tu en viendras enfin au royaume du Paradis \u00bb. Et sur le b\u00fbcher : \u00ab Mes voix \u00e9taient de Dieu, mes voix ne m&rsquo;ont pas tromp\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Cette descendance directe du Ciel s&rsquo;affirme avec le m\u00eame \u00e9clat dans la doctrine de Jeanne que dans ses oeuvres. Dieu, pour elle, n&rsquo;\u00e9tait pas un syst\u00e8me ni un rite, mais une vivante r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 la fois ext\u00e9rieure et int\u00e9rieure, \u00e0 laquelle th\u00e9ologies et liturgies ne devraient servir que de signes. C&rsquo;est pourquoi elle fut elle-m\u00eame r\u00e9aliste, \u00e9quilibr\u00e9e, normale, \u00e0 l&rsquo;aise \u00e0 la fois dans les faits et dans les extases. Comme on admire son g\u00e9nial bon sens, si simple et si irr\u00e9futable !  L&rsquo;\u00e9couterons-nous pour la conduite de la vie ? \u00ab Aide-toi, le Ciel t&rsquo;aidera \u00bb, dit-elle au Dauphin. \u00ab Vive labeur !  \u00bb crie-t-elle aux ind\u00e9cis. \u00ab Quand j&rsquo;aurais  eu cent p\u00e8res et cent m\u00e8res, r\u00e9pond-elle aux th\u00e9ologiens, je serais partie, puisque Dieu me le commandait \u00bb.<\/p>\n<p>Pour la conduite de sa guerre &#8211; dont les strat\u00e8ges affirment que les plans valent ceux de Bonaparte &#8211; : \u00ab Si Dieu, lui disent les pr\u00e9lats \u00e0 Chinon, si Dieu veut d\u00e9livrer le peuple de France, il n&rsquo;a pas besoin de gens d&rsquo;armes ? &#8211; Ah !  r\u00e9pond elle, les gens d&rsquo;armes batailleront et Dieu leur donnera la victoire \u00bb. &#8211;<\/p>\n<p>A Orl\u00e9ans, avant d&rsquo;attaquer, elle fait \u00e9crire aux Anglais qu&rsquo;ils s&rsquo;en retournent dans leur pays, et elle ne donne l&rsquo;ordre du combat qu&rsquo;apr\u00e8s \u00eatre certaine de leur refus. &#8211; A ses juges : \u00ab Je disais \u00e0 mes hommes : Entrez hardiment parmi les Anglais, et j&rsquo;y entrais moi-m\u00eame \u00bb. &#8211; Ils insistent : \u00ab L&rsquo;espoir de la victoire \u00e9tait-il fond\u00e9 en cet \u00e9tendard ou en vous ? &#8211; Il \u00e9tait fond\u00e9 en Notre-Seigneur et non ailleurs \u00bb. &#8211; \u00ab \u00c9tait-il bien d&rsquo;attaquer Paris le jour de la Nativit\u00e9 de Notre-Dame ? &#8211; C&rsquo;est bien de garder les f\u00eates de Notre-Dame; ce serait bien, en conscience, de les garder tous les jours \u00bb. &#8211; \u00ab Vos Saintes ha\u00efssent-elles les Anglais ? &#8211; Elle aiment ce que Notre-Seigneur aime et ha\u00efssent ce qu&rsquo;il hait. &#8211; Dieu hait-il les Anglais ? &#8211; De l&rsquo;amour ou haine que Dieu a pour les Anglais et ce qu&rsquo;il fait de leurs \u00e2mes, je n&rsquo;en sais rien; mais je sais bien qu&rsquo;ils seront mis hors de France, sauf ceux qui y p\u00e9riront \u00bb. Et cette r\u00e9signation sublime : \u00ab Les Saintes m&rsquo;avaient bien dit que je serais prise avant la Saint-Jean, qu&rsquo;il fallait qu&rsquo;il f\u00fbt ainsi fait, que je ne  devais pas m&rsquo;en \u00e9tonner, mais prendre tout en gr\u00e9 et que Dieu m&rsquo;aiderait. Puisqu&rsquo;il a plu ainsi \u00e0 Dieu, c&rsquo;est pour le mieux que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 prise \u00bb.<\/p>\n<p>Pour la conduite religieuse &#8211; : \u00ab Jeanne, voulez-vous vous soumettre \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise ? &#8211; Je m&rsquo;en r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Dieu pour toutes choses, \u00e0 Dieu qui m&rsquo;a toujours inspir\u00e9e. Pour ce qui est de mes visions, je n&rsquo;accepte le jugement d&rsquo;aucun homme \u00bb. &#8211; \u00ab Croyez-vous pouvoir faire p\u00e9ch\u00e9 mortel ? &#8211; Je n&rsquo;en sais rien; mais m&rsquo;en attends du tout \u00e0 Notre-Seigneur. Je serai sauv\u00e9e pourvu que je garde bien ma virginit\u00e9 de corps et d&rsquo;\u00e2me. &#8211; Est-il besoin de se confesser quand on croit \u00eatre sauv\u00e9e ? &#8211; On ne saurait trop nettoyer la conscience. &#8211; Croyez-vous \u00eatre en \u00e9tat de gr\u00e2ce ? &#8211; Si je n&rsquo;y suis, Dieu veuille m&rsquo;y mettre; si j&rsquo;y suis, Dieu veuille m&rsquo;y tenir; si j&rsquo;\u00e9tais en p\u00e9ch\u00e9 mortel, les voix ne viendraient pas \u00e0 moi \u00bb. &#8211; \u00ab Croyez-vous n&rsquo;\u00eatre point sujette \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise qui est en terre, \u00e0 notre Saint-P\u00e8re le pape, aux cardinaux, \u00e9v\u00eaques et pr\u00e9lats ? &#8211; Oui, sans doute, notre Sire servi \u00bb.  &#8211; \u00ab Vos voix vous d\u00e9fendent donc de vous soumettre \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise militante ? &#8211; Elles ne le d\u00e9fendent point, Notre-Seigneur \u00e9tant servi premi\u00e8rement \u00bb.<\/p>\n<p>Le sceau indubitable de la pens\u00e9e christique signe toutes ses r\u00e9ponses; on les trouve dans ce regard direct et complet qui embrasse du m\u00eame coup le principe, la loi et le ph\u00e9nom\u00e8ne, qui voit, comme le triple voile d&rsquo;une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9, les actes, les sentiments et les th\u00e9ories; et cette intelligence qui, travaillant  au centre des probl\u00e8mes, en d\u00e9noue les complications sans l&rsquo;attirail des analystes, parce qu&rsquo;elle a su reprendre contact avec la vie, au lieu de s&rsquo;exercer sur des syst\u00e8mes. Il s&rsquo;agit ici, et nous le saisissons sur le vif, d&rsquo;un mode de connaissance propre \u00e0 ceux-l\u00e0 seuls dont l&rsquo;esprit individuel se trouve d\u00e9finitivement greff\u00e9 sur l&rsquo;Esprit divin du Verbe. La th\u00e9ologie les d\u00e9signe comme \u00e9tablis dans la vie unitive, par le mariage mystique; et parmi eux quelques-uns seulement poss\u00e8dent le privil\u00e8ge insigne de la science infuse; c&rsquo;est le don de vivre simultan\u00e9ment sur la terre et dans la Gloire, d&rsquo;aller, de venir, de travailler, de parler comme nous tous, tout en m\u00eame temps que l&rsquo;on se meut en m\u00eame conscience lucide sur le monde invisible du Christ, parlant avec ses habitants, travaillant avec eux et existant dans cet espace inconcevable. L&rsquo;\u00c9glise ne d\u00e9signe que peu de saints comme rev\u00eatus de ce pouvoir, entre lesquels Jeanne d&rsquo;Arc.<\/p>\n<p>Quelque jour, je vous exposerai une th\u00e9orie de cet \u00e9tat d&rsquo;\u00eatre merveilleux, qui vous le montrera plus accessible et plus normal que ne le laisserait croire la complexit\u00e9 de la th\u00e9orie th\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Revenons aux r\u00e9ponses de notre h\u00e9ro\u00efne. On y trouve r\u00e9gl\u00e9s en quelques mots tout le dogme et la morale, toutes les th\u00e9ories sociales et les syst\u00e8mes de psychologie. Ne doit-on pas, devant ce double t\u00e9moignage des actes et de la pens\u00e9e de Jeanne, croire avec elle en ses Voix dont nous ne savons qu&rsquo;une chose,  c&rsquo;est qu&rsquo;elles appartenaient au Christ et qu&rsquo;elles parlaient pour la France ? Elle y croyait comme en Dieu, elle les entendait \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de veille, puisque les bruits ext\u00e9rieurs l&#8217;emp\u00eachaient parfois de bien comprendre leurs paroles. Elle a dout\u00e9, je l&rsquo;accorde, examin\u00e9, h\u00e9sit\u00e9, puisqu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9coula cinq ans entre la premi\u00e8re apparition de saint Michel et son d\u00e9part. Mais, une fois convaincue, elle franchit tous les obstacles et d\u00e9joue toutes les ruses : parents, voisins, cur\u00e9s, tous se ligu\u00e8rent contre elle. Ne repr\u00e9sentaient-ils pas le bon sens humain ? Quelle m\u00e9lancolie garde l&rsquo;innocente h\u00e9ro\u00efne et qui mesure la profondeur de son ob\u00e9issance : \u00ab Je voudrais bien qu&rsquo;il pl\u00fbt \u00e0 Dieu que je m&rsquo;en allasse garder les moutons avec ma soeur et mes fr\u00e8res; ils seraient si joyeux de me revoir.<br \/>\nJ&rsquo;ai fait du moins ce que Notre-Seigneur m&rsquo;a command\u00e9 \u00bb.<br \/>\n\u00ab J&rsquo;irai mourir o\u00f9 il plaira \u00e0 Dieu \u00bb, r\u00e9pond-elle \u00e0 l&rsquo;archev\u00eaque au milieu des pompes triomphales du sacre de Reims. Et ces plaintes si discr\u00e8tes pr\u00e9c\u00e9dant les plaintes supr\u00eames parmi les flammes d\u00e9j\u00e0 montantes du b\u00fbcher de Rouen : \u00ab Rouen, Rouen, je dois donc mourir ici&#8230; O Rouen, tu seras donc ma derni\u00e8re demeure !&#8230; Ah !  Rouen, Rouen, j&rsquo;ai grand&rsquo;peur que tu n&rsquo;aies \u00e0 souffrir de ma mort&#8230; \u00c9v\u00eaque. je meurs par vous. \u00bb&#8230; Ces tristesses de la douleur innocente ne d\u00e9couvrent elles pas la plaie myst\u00e9rieuse des \u00e2mes pr\u00e9destin\u00e9es qui s&rsquo;\u00e9lancent quand m\u00eame vers leurs cimes natales, tandis que, du bec et des griffes, l&rsquo;antique Dragon, agripp\u00e9 \u00e0 la Mati\u00e8re, \u00e0 la Nature, \u00e0  ce Monde-ci, les tire en bas et, toutes vives, les d\u00e9chire !<\/p>\n<p>La Croix les attend toutes. \u00c9pouvantable Croix multiforme sur laquelle, comme leur Ma\u00eetre, les \u00e9lus vont de leur plein gr\u00e9 s&rsquo;\u00e9tendre; adorable Croix, signe universel, moyen unique et tout-puissant de l&rsquo;Amour; Croix de b\u00e9atitudes incompr\u00e9hensibles sauf \u00e0 ceux-l\u00e0 qui s&rsquo;y sont attach\u00e9s : d&rsquo;elle je ne puis rien vous dire, parce qu&rsquo;elle est le myst\u00e8re m\u00eame de J\u00e9sus. Aucune \u00e9loquence ne vous en donnera l&rsquo;id\u00e9e, ni aucun homme, e\u00fbt-il lui-m\u00eame subi le martyre mystique; mais si vous voulez conna\u00eetre son secret, prenez-la, portez-la, relevez-vous avec elle de vos chutes, mourez sur elle, et vous saurez tout, et vous pourrez tout. Aucun livre, aucun entretien, aucune vision ne remplacera l&rsquo;exp\u00e9rience de la Croix.<\/p>\n<p>Quel enseignement retirer de cette existence admirable, nous, foule incertaine dont toute la vertu s&rsquo;\u00e9puise en voeux pour la plupart st\u00e9riles ? Faut-il que devant chaque injustice nous partions en grand arroi et avec de grands gestes ? Faut-il nous taire et laisser le mal tout envahir ? Non; nous ne sommes pas tous dignes des minist\u00e8res h\u00e9ro\u00efques et, d&rsquo;autre part, nos silences craintifs nous font r\u00e9ellement complices des m\u00e9chancet\u00e9s qui se multiplient.<\/p>\n<p>Imitons plut\u00f4t, chacun dans notre petite sph\u00e8re, la conduite du divin R\u00e9formateur, notre Ma\u00eetre.<br \/>\nCe que le chr\u00e9tien doit subir en silence avec amour, avec joie, c&rsquo;est le mal qui s&rsquo;attaque \u00e0 lui personnellement. Ce que le chr\u00e9tien doit combattre avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, au risque de son repos, de sa fortune et de sa r\u00e9putation, c&rsquo;est le mal qui attaque son fr\u00e8re. Car la sagesse \u00e9vang\u00e9lique, une et surhumaine, concilie toujours les partis oppos\u00e9s o\u00f9 se portent les variables sagesses humaines.<\/p>\n<p>R\u00f4le difficile entre tous, parce qu&rsquo;il exige le concours des qualit\u00e9s les plus diverses : un caract\u00e8re ferme, une patience irr\u00e9ductible, de la d\u00e9cision, le tact le plus exquis, une intelligence vive et juste des \u00e9v\u00e9nements et des personnes, une sensibilit\u00e9, une tendresse de coeur qu&rsquo;aucune ingratitude n&rsquo;\u00e9mousse, une volont\u00e9 que rien ne d\u00e9courage, et enfin la foi, cette foi toute-puissante que m\u00eame la mort n&rsquo;entame pas.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e2me de Jeanne d&rsquo;Arc, en effet, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 atteinte par les flammes ignominieuses du b\u00fbcher; dans les cieux de la Gloire, \u00e0 la droite de son Roi divin et de la Vierge inspiratrice, au premier rang des anges de la Celtide, elle continue de garder ses Fran\u00e7ais, comme l&rsquo;obscure berg\u00e8re veillait sur son troupeau. Le moment n&rsquo;est pas venu de dire les dangers dont elle les pr\u00e9servera encore.<\/p>\n<p>Inclinons nos curiosit\u00e9s sous notre confiance, et appliquons-nous \u00e0 nos humbles besognes, car tout chr\u00e9tien digne de ce titre re\u00e7oit une mission particuli\u00e8re. Dans les crises que nous passons, ne croyez-vous pas qu&rsquo;une mauvaise honte emp\u00eache de donner aux \u00ab impond\u00e9rables \u00bb dont tout le monde parle leur v\u00e9ritable nom ? Ne pensez-vous pas que ces impond\u00e9rables sont les forces mystiques venues directement du Ciel en r\u00e9ponse aux sacrifices anonymes de notre peuple ? Et si une multitude de h\u00e9ros a donn\u00e9 le sang du corps, ne pouvons-nous pas, dans la bataille spirituelle o\u00f9 nous sommes, donner un autre sang plus riche : celui de nos \u00e9go\u00efsmes sacrifi\u00e9s ?<\/p>\n<p>Les coeurs les plus g\u00e9n\u00e9reux parmi nous r\u00eavent d&rsquo;une paix sans fronti\u00e8res; essayons d&rsquo;abord de faire vivre la paix dans nos fronti\u00e8res. Quelques ann\u00e9es suffiraient \u00e0 cette oeuvre admirable si nous savions vaincre nos vanit\u00e9s, nos rivalit\u00e9s, nos envies, nos ambitions individualistes.<\/p>\n<p>Ceux d&rsquo;entre nous qui se sont vou\u00e9s \u00e0 cette entreprise disent que le concours de Dieu est indispensable; v\u00e9rifions leur exp\u00e9rience. C&rsquo;est parce que je la sais exacte que je vous parle surtout de Dieu et du Christ; et c&rsquo;est parce que le r\u00e8gne de Dieu sur la terre s&rsquo;\u00e9tablira certainement dans la soci\u00e9t\u00e9 aussi bien que dans les coeurs qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui je vous ai parl\u00e9 de Jeanne d&rsquo;Arc.<\/p>\n<p>Devant l&rsquo;\u00e9bauche que je viens de tracer, on jugera peut-\u00eatre que j&rsquo;ai beaucoup r\u00e9duit les contours humains de cette grande figure. C&rsquo;est qu&rsquo;en effet les envoy\u00e9s de Dieu tiennent tout de Celui qui les missionne; c&rsquo;est de Dieu que Jeanne tenait son intelligence lucide, son g\u00e9nie militaire, son pouvoir sur les coeurs, sa puret\u00e9, sa constance, sa force incompr\u00e9hensible enfin; d&rsquo;elle-m\u00eame, elle ne fit que recevoir; et c&rsquo;est v\u00e9ritablement l\u00e0 tout ce que peut l&rsquo;\u00eatre humain : devenir l&rsquo;instrument parfait du Ciel.<\/p>\n<p>Les adeptes du Moi jugeront cet id\u00e9al bien petit; c&rsquo;est qu&rsquo;ils ne se sont pas essay\u00e9s \u00e0 cet effort; ils n&rsquo;imaginent pas que, pour ob\u00e9ir jusqu&rsquo;au bout, toutes les ressources du cerveau, tous les \u00e9lans du coeur, toutes les tensions de la volont\u00e9 s&rsquo;imposent; ils ne con\u00e7oivent pas que la descente r\u00e9elle de Dieu dans l&rsquo;homme exige que l&rsquo;homme ait \u00e9puis\u00e9 d&rsquo;abord toutes les ressources du possible.<\/p>\n<p>Les saints dans le domaine moral, Pascal dans le domaine philosophique, le cur\u00e9 d&rsquo;Ars dans le domaine apostolique, Jeanne d&rsquo;Arc dans le domaine patriotique nous d\u00e9montrent combien l&rsquo;\u00c9vangile est l&rsquo;\u00e9cole supr\u00eame de l&rsquo;\u00e9nergie. Il nous reste, n&rsquo;est-ce pas ? \u00e0 reprendre ces vivantes le\u00e7ons et \u00e0 nous les appliquer, au cours de nos travaux quotidiens.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JEANNE D&rsquo;ARC On conna\u00eet l&rsquo;histoire de Jeanne d&rsquo;Arc, du moins pour les grandes lignes et pour les incidents ext\u00e9rieurs. Or c&rsquo;est tout ce que l&rsquo;on peut esp\u00e9rer en conna\u00eetre, car la v\u00e9ritable histoire se cache dans une ombre imp\u00e9n\u00e9trable. Quoi qu&rsquo;en pensent le public cr\u00e9dule et les \u00e9rudits, d&rsquo;une autre mani\u00e8re aussi cr\u00e9dules, lorsqu&rsquo;on a &hellip; <a href=\"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/2008\/04\/01\/sedir-jeanne-darc-sedir-theologien-jeanne-darc-yvon-le-loup\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;S\u00e9dir Jeanne d&rsquo;Arc, Sedir th\u00e9ologien, Jeanne D&rsquo;Arc Yvon le loup&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[7305],"tags":[7315,7208],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=54"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=54"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=54"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=54"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}