{"id":45,"date":"2008-03-25T17:28:04","date_gmt":"2008-03-25T15:28:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/2008\/03\/25\/drames-de-la-2e-guerre-mondiale\/"},"modified":"2010-06-07T16:57:40","modified_gmt":"2010-06-07T14:57:40","slug":"drames-de-la-2e-guerre-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tarot-numerologie.fr\/blog\/2008\/03\/25\/drames-de-la-2e-guerre-mondiale\/","title":{"rendered":"Drames de la 2e guerre mondiale"},"content":{"rendered":"<p>Texte authentique d&rsquo;un drame, dont l&rsquo;histoire se d\u00e9roule au pays du soleil levant, durant la 2e guerre mondiale, 1939-1945.<br \/>\nBelle\u00a0mais douloureuse histoire japonaise.<\/p>\n<p>Cette histoire m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e, par un ami (merci \u00e0 toi Laurent), dans le cadre d&rsquo;un mail collectif, sur lequel on \u00e9changeait tout ce qu&rsquo;on pouvait trouver, aussi bien comme texte, que comme aide pour les autres. Notre but \u00e9tait multiple, mais d&rsquo;abord tourn\u00e9 vers la spiritualit\u00e9 ; donc, l&rsquo;amour des autres. A la lecture de ce texte, l&rsquo;\u00e9motion, la douleur, mais surtout l&rsquo;amour qui en ressortaient, \u00e9taient tels, qu&rsquo;il n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 les partager. Ce texte fait pour moi partie des grandes le\u00e7ons d&rsquo;Amour&#8230;.. Par respect, j&rsquo;ai bien-s\u00fbr laiss\u00e9 le texte tel qu&rsquo;il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 :<\/p>\n<p>En 1985, des c\u00e9r\u00e9monies furent organis\u00e9es \u00e0 Hiroshima et Nagasaki (Japon) en m\u00e9moire des victimes des bombes atomiques lanc\u00e9es sur ces deux villes, quarante ans auparavant.<\/p>\n<p>Un t\u00e9moin oculaire de ces c\u00e9l\u00e9brations remarque: \u00c0 Hiroshima, il y a de l&rsquo;amertume, du bruit, c&rsquo;est tr\u00e8s politique&#8230; Le symbole pourrait en \u00eatre un poing serr\u00e9 de col\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00c0 Nagasaki, il y a de la tristesse, mais aussi le calme, la r\u00e9flexion, il n&rsquo;y a pas de politique, on prie. On n&rsquo;y bl\u00e2me pas les \u00c9tats-Unis, mais on y pleure plut\u00f4t le p\u00e9ch\u00e9 de la guerre et, plus particuli\u00e8rement, de la guerre nucl\u00e9aire.<\/p>\n<p>Le symbole: des mains jointes pour prier.<\/p>\n<p>Plus que tout autre, l&rsquo;influence du docteur Takashi Naga\u00ef explique le climat spirituel qui r\u00e9gnait ce jour-l\u00e0 \u00e0 Nagasaki.<\/p>\n<p>Un pr\u00eatre disait de lui: Si nous avons un peu de cette foi que poss\u00e9dait Naga\u00ef en la providence du P\u00e8re \u00e9ternel et en la valeur universelle de la mort du Christ, nous pourrons affronter chaque \u00e9v\u00e9nement dans la paix.<\/p>\n<p>Qui donc \u00e9tait ce docteur Naga\u00ef?<\/p>\n<p>Takashi Naga\u00ef est n\u00e9 en 1908, \u00e0 Isumo pr\u00e8s d&rsquo;Hiroshima, dans une famille de cinq enfants, de religion shinto\u00efste. En 1928, il entre \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine de Nagasaki. D\u00e8s mes \u00e9tudes secondaires, \u00e9crira-t-il, j&rsquo;\u00e9tais devenu prisonnier du mat\u00e9rialisme.<\/p>\n<p>\u00c0 peine entr\u00e9 \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine, on me fit diss\u00e9quer des cadavres&#8230;<\/p>\n<p>La merveilleuse structure de l&rsquo;ensemble du corps, l&rsquo;organisation minutieuse de ses moindres parties, tout cela causait mon admiration.<\/p>\n<p>Mais ce que je maniais ainsi, ce n&rsquo;\u00e9tait jamais que pure mati\u00e8re. L&rsquo;\u00e2me? Un fant\u00f4me invent\u00e9 par des imposteurs pour tromper les gens simples.<\/p>\n<h4>Le dernier regard d&rsquo;une m\u00e8re<\/h4>\n<p>Un jour de 1930, un t\u00e9l\u00e9gramme lui parvient de son p\u00e8re: Viens \u00e0 la maison Il part en toute h\u00e2te, pressentant quelque malheur. \u00c0 son arriv\u00e9e, il apprend avec stupeur que sa m\u00e8re a eu une attaque et qu&rsquo;elle ne peut plus parler. Il s&rsquo;assied \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle et lit dans son regard un dernier au-revoir.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9rience de la mort va changer sa vie: Par ce dernier regard p\u00e9n\u00e9trant, ma m\u00e8re d\u00e9molit le cadre id\u00e9ologique que j&rsquo;avais construit. Cette femme, qui m&rsquo;avait mis au monde et \u00e9lev\u00e9, cette femme qui ne s&rsquo;\u00e9tait jamais donn\u00e9 un moment de r\u00e9pit dans son amour pour moi, aux derniers instants de sa vie, me parla tr\u00e8s clairement. Son regard me disait que l&rsquo;esprit humain continue \u00e0 vivre apr\u00e8s la mort.<\/p>\n<p>Tout cela venait comme une intuition, une intuition qui avait la saveur de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Takashi commence alors la lecture des Pens\u00e9es de Pascal, auteur fran\u00e7ais du XVIIe si\u00e8cle, po\u00e8te et savant. L&rsquo;\u00e2me, l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 Dieu.<\/p>\n<p>Notre grand pr\u00e9d\u00e9cesseur, le physicien Pascal avait donc admis s\u00e9rieusement ces choses! Se dit-il. Ce sage incomparable y croyait vraiment! Que devait \u00eatre cette foi catholique, pour que le savant Pascal p\u00fbt l&rsquo;accepter, sans contredire sa science? Pascal explique que nous rencontrons Dieu par la foi et dans la pri\u00e8re.<\/p>\n<p>M\u00eame si vous ne pouvez encore croire, dit-il, ne n\u00e9gligez pas la pri\u00e8re ni l&rsquo;assistance \u00e0 la Messe.<\/p>\n<p>Je suis toujours pr\u00eat \u00e0 v\u00e9rifier une hypoth\u00e8se au laboratoire, pense Naga\u00ef, pourquoi ne pas essayer cette pri\u00e8re sur laquelle Pascal insiste tant? Il d\u00e9cide de chercher une famille catholique qui accepte de le prendre comme pensionnaire pendant ses \u00e9tudes.<\/p>\n<p>Cela lui donnera des occasions de conna\u00eetre le catholicisme et la pri\u00e8re chr\u00e9tienne&#8230;..<\/p>\n<p>Il est re\u00e7u dans la famille Moriyama. M. Moriyama, marchand de bestiaux, descend d&rsquo;une de ces vieilles lign\u00e9es chr\u00e9tiennes qui, \u00e0 travers 250 ans de pers\u00e9cutions, surent conserver la foi apport\u00e9e au Japon par saint Fran\u00e7ois Xavier. La puret\u00e9 de cette foi chr\u00e9tienne \u00e9tonne le jeune Naga\u00ef: d&rsquo;humbles fermiers lui enseignent par leur exemple ce qu&rsquo;avait cru Pascal, le grand savant!<\/p>\n<p>En mars 1932, une s\u00e9v\u00e8re otite le rend sourd de l&rsquo;oreille droite, et bouleverse par le fait m\u00eame ses projets d&rsquo;avenir: ne pouvant plus se servir du st\u00e9thoscope, il doit renoncer \u00e0 la m\u00e9decine ordinaire. Il oriente alors ses \u00e9tudes vers la m\u00e9decine radiologique, qui d\u00e9bute au Japon.<\/p>\n<p>Il prend conscience des possibilit\u00e9s \u00e9normes que cette science met \u00e0 la disposition des m\u00e9decins pour d\u00e9celer les maladies.<\/p>\n<p>M. et Mme Moriyama ont une fille, Midori, institutrice dans une autre ville. Tous trois prient pour la conversion de Takashi, pensant que peut-\u00eatre Dieu le leur a envoy\u00e9 dans ce but. Le 25 d\u00e9cembre 1932, Midori est chez ses parents pour la f\u00eate de No\u00ebl. Docteur, demande M. Moriyama \u00e0 Takashi, pourquoi ne venez-vous pas avec nous \u00e0 la Messe de minuit? &#8211; Mais, je ne suis pas chr\u00e9tien! &#8211; Peu importe, les bergers et les rois mages qui vinrent \u00e0 l&rsquo;\u00e9table ne l&rsquo;\u00e9taient pas non plus.<\/p>\n<p>Pourtant, quand ils virent l&rsquo;Enfant, ils crurent. Vous ne pourrez jamais croire, si vous ne venez pas prier \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise. Apr\u00e8s quelques instants, Naga\u00ef se surprend lui-m\u00eame \u00e0 r\u00e9pondre: Oui, j&rsquo;aimerais vous accompagner ce soir. Cinq mille chr\u00e9tiens remplissent la cath\u00e9drale, chantant tous le m\u00eame Credo en latin. Naga\u00ef est fortement impressionn\u00e9 et encourag\u00e9 dans sa r\u00e9flexion sur la religion catholique, sans cependant se laisser convaincre.<\/p>\n<h4>Le petit cat\u00e9chisme de Midori<\/h4>\n<p>Une nuit, M. Moryama vient r\u00e9veiller Takashi: Midori se tord de douleur sur sa couche. Tr\u00e8s vite, le jeune m\u00e9decin diagnostique une appendicite aigu\u00eb. Il entend M. Moryama murmurer: C&rsquo;est la volont\u00e9 de Dieu. Qui sait quel bien en sortira? Malgr\u00e9 la neige abondante, Takashi court \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole voisine pour t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital: Allo, allo, le 32 00, s&rsquo;il vous pla\u00eet, c&rsquo;est urgent&#8230;<\/p>\n<p>Allo, ici Naga\u00ef. Qui est aux urgences ce soir? Bon. Pourriez-vous l&rsquo;appeler, s&rsquo;il vous pla\u00eet?<\/p>\n<p>Un ami vient r\u00e9pondre et Naga\u00ef lui demande s&rsquo;il peut pratiquer imm\u00e9diatement une appendicectomie. Sur sa r\u00e9ponse affirmative, Takashi retourne chercher Midori: Cela prendrait trop de temps d&rsquo;appeler un taxi, avec toute cette neige.<\/p>\n<p>Nous ne pouvons pas prendre le risque d&rsquo;attendre, et s&rsquo;adressant \u00e0 M. Moryama: Si vous voulez bien porter la lanterne devant, je peux facilement porter Midori. Pendant le trajet, Takashi se rend compte que le coeur de Midori s&#8217;emballe et qu&rsquo;elle est br\u00fblante de fi\u00e8vre. Sa vie est en danger. Il presse le pas. Enfin, voici l&rsquo;h\u00f4pital! La salle d&rsquo;op\u00e9ration est pr\u00eate. Sept minutes apr\u00e8s, tout est termin\u00e9. Midori est sauv\u00e9e. En reconnaissance, celle-ci va tout mettre en oeuvre pour la conversion de son sauveteur.<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e suivante, Takashi est mobilis\u00e9 dans l&rsquo;arm\u00e9e japonaise et il part combattre les Chinois en Mandchourie. Dans un colis que Midori lui envoie, se trouve un petit cat\u00e9chisme qu&rsquo;il lit avec int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Au bout d&rsquo;un an, il revient au pays, presque d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 par la prise de conscience des d\u00e9sordres de sa vie et le souvenir des affreux spectacles de la guerre. Il se rend \u00e0 la cath\u00e9drale de Nagasaki et y rencontre un pr\u00eatre japonais qui le re\u00e7oit longuement. Encourag\u00e9, Takashi reprend son travail de radiologie et se met \u00e0 \u00e9tudier la Bible, la liturgie, la pri\u00e8re des catholiques.<\/p>\n<p>Mais les exigences morales de l&rsquo;\u00c9vangile et la n\u00e9cessit\u00e9 de se s\u00e9parer des attaches religieuses shinto\u00efstes de sa famille font encore obstacle \u00e0 sa conversion. Un jour, au milieu de ses doutes, il reprend les Pens\u00e9es de Pascal et tombe sur une phrase qui attire son attention: Il y a assez de lumi\u00e8re pour ceux qui ne d\u00e9sirent que voir, et assez d&rsquo;obscurit\u00e9 pour ceux qui ont une disposition contraire. Soudain, tout se clarifie pour lui. Il prend sa d\u00e9cision et demande le bapt\u00eame, qu&rsquo;il re\u00e7oit en juin 1934. Il choisit le nom de Paul, en souvenir de saint Paul Miki, martyr japonais crucifi\u00e9 \u00e0 Nagasaki en 1597.<\/p>\n<p>Deux mois plus tard, il \u00e9pouse Midori. Auparavant, il a voulu faire conna\u00eetre \u00e0 celle-ci les risques importants auxquels l&rsquo;expose son m\u00e9tier. En effet, les radiologues de l&rsquo;\u00e9poque n&rsquo;avaient pas les moyens de se prot\u00e9ger suffisamment contre les rayons X. Midori a compris le danger pour la vie de Takashi, mais elle entre dans ses vues et partage son id\u00e9al de pionnier, pour sauver des vies humaines. Naga\u00ef va devenir plus qu&rsquo;un m\u00e9decin, un ap\u00f4tre de la charit\u00e9 envers le prochain.<\/p>\n<p>Il \u00e9crit: La t\u00e2che du m\u00e9decin est de souffrir et de se r\u00e9jouir avec ses patients, de s&rsquo;ing\u00e9nier \u00e0 diminuer les souffrances comme si elles \u00e9taient les siennes m\u00eames. Il faut sympathiser avec leurs douleurs. Toutefois, en fin de compte, ce n&rsquo;est pas le m\u00e9decin qui gu\u00e9rit le malade, mais le bon plaisir de Dieu. Une fois que l&rsquo;on a compris cela, le diagnostic m\u00e9dical engendre la pri\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00c0 nouveau mobilis\u00e9, de juin 1937 \u00e0 mars 1940, il participe comme m\u00e9decin \u00e0 la guerre sino-japonaise. Son d\u00e9vouement \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de tous, militaires japonais ou chinois, femmes, enfants et vieillards impitoyablement entra\u00een\u00e9s dans d&rsquo;horribles tueries, a pris une extension h\u00e9ro\u00efque. \u00c0 son retour au Japon, les demandes de radiographies se multiplient. Bient\u00f4t, Takashi remarque sur ses mains des traces inqui\u00e9tantes; il est, de plus, souvent \u00e9puis\u00e9. Il note dans son journal que parfois, quand il se sent compl\u00e8tement \u00e9teint, il ferme sa porte et va s&rsquo;asseoir devant la statue de Marie dans son bureau. Il r\u00e9cite le chapelet et peu \u00e0 peu retrouve la paix int\u00e9rieure.<\/p>\n<h4>Trois ans de vie<\/h4>\n<p>Un coll\u00e8gue de Takashi le persuade de passer lui-m\u00eame \u00e0 la radiographie. Un matin de juin 1945, il s&rsquo;ex\u00e9cute: Pr\u00e9parez l&rsquo;appareil, dit-il \u00e0 son aide. &#8211; Mais, Docteur, aucun patient n&rsquo;est encore l\u00e0. &#8211; Le patient, le voici, r\u00e9pond Naga\u00ef en montrant sa poitrine. &#8211; Et le m\u00e9decin? &#8211; Le voil\u00e0! Et il d\u00e9signe ses yeux. \u00c0 la vue de la radiographie, Naga\u00ef a le souffle coup\u00e9: sur la partie gauche figure une large plaque noire: hypertrophie de la rate! Il diagnostique une leuc\u00e9mie. Il murmure: Seigneur, je ne suis qu&rsquo;un serviteur inutile. Prot\u00e9gez Midori et nos deux enfants. Qu&rsquo;il me soit fait selon votre volont\u00e9. Le docteur Kageura, chef du d\u00e9partement de m\u00e9decine interne, confirme son analyse: Leuc\u00e9mie chronique. Dur\u00e9e de vie: trois ans. Il a us\u00e9 sa vie pour sauver des malades sans nombre, que personne d&rsquo;autre que lui n&rsquo;aurait pu radiographier.<\/p>\n<p>Rentr\u00e9 chez lui, Takashi r\u00e9v\u00e8le tout \u00e0 Midori. Celle-ci s&rsquo;agenouille devant le crucifix que sa famille avait gard\u00e9 pendant les 250 ann\u00e9es de pers\u00e9cutions, et prie longuement, secou\u00e9e de sanglots, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la paix revienne dans son \u00e2me. Naga\u00ef prie lui aussi; le remords l&rsquo;envahit \u00e0 la pens\u00e9e qu&rsquo;il s&rsquo;est toujours jet\u00e9 t\u00eate baiss\u00e9e dans son travail, sans penser suffisamment \u00e0 son \u00e9pouse. Mais Midori se montre \u00e0 la hauteur de la situation. Le lendemain, c&rsquo;est un homme nouveau qui repart \u00e0 son travail: l&rsquo;acceptation totale de la trag\u00e9die de la part de Midori et son refus d&rsquo;entendre parler de n\u00e9gligence l&rsquo;ont rempli de force.<\/p>\n<p>9 ao\u00fbt 1945, onze heures et deux minutes. Un \u00e9clair aveuglant. Une bombe atomique vient d&rsquo;exploser \u00e0 Urakami, le quartier nord de Nagasaki. Dans la guerre qui les oppose au Japon, les dirigeants des \u00c9tats-Unis ont recours \u00e0 une nouvelle arme terrifiante: la bombe A. Une premi\u00e8re bombe \u00e0 \u00e9t\u00e9 l\u00e2ch\u00e9e sur Hiroshima, une deuxi\u00e8me d\u00e9vaste Nagasaki: temp\u00e9rature 9 000\u00b0, 72 000 morts, 100 000 bless\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;universit\u00e9 de m\u00e9decine, situ\u00e9e \u00e0 700 m\u00e8tres du centre de l&rsquo;explosion, Naga\u00ef, qui classe des films radiographiques, est projet\u00e9 sur le plancher, le c\u00f4t\u00e9 cribl\u00e9 d&rsquo;\u00e9clats de verre. Le sang coule abondamment de sa tempe droite&#8230; les objets tourbillonnent comme les feuilles mortes en automne. Bient\u00f4t, un flot ininterrompu de bless\u00e9s: des silhouettes sanglantes, les v\u00eatements arrach\u00e9s, les cheveux br\u00fbl\u00e9s, accourent \u00e0 la porte de l&rsquo;h\u00f4pital Une vision d&rsquo;enfer. Son chapelet! L&rsquo;incendie s&rsquo;approche de l&rsquo;h\u00f4pital. On \u00e9vacue les patients vers le sommet d&rsquo;une colline voisine. Naga\u00ef s&rsquo;y d\u00e9pense jusqu&rsquo;\u00e0 la limite de ses forces. \u00c0 seize heures, l&rsquo;incendie s&rsquo;attaque au d\u00e9partement de radiologie. Treize ann\u00e9es de recherches, les instruments, la pr\u00e9cieuse documentation, tout part en fum\u00e9e. Le 10 ao\u00fbt se passe \u00e0 soigner les bless\u00e9s. Le 11, le travail se fait un peu moins pressant, et Takashi part \u00e0 la recherche de Midori, rest\u00e9e \u00e0 la maison alors que les enfants et leur grand-m\u00e8re sont en s\u00fbret\u00e9 dans la montagne, depuis le 7 ao\u00fbt. Il retrouve difficilement l&#8217;emplacement de son habitation dans une zone de tuiles et de cendres. Soudain, il d\u00e9couvre les restes carbonis\u00e9s de son \u00e9pouse.<\/p>\n<p>\u00c0 genoux, il prie et pleure, puis ramasse les os dans un r\u00e9cipient. Quelque chose brille faiblement dans la poudre des os de la main droite: son chapelet! Il incline la t\u00eate: Mon Dieu, je vous remercie de lui avoir permis de mourir en priant. Marie, m\u00e8re des douleurs, merci de l&rsquo;avoir accompagn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;heure de la mort J\u00e9sus, tu as port\u00e9 la lourde croix jusqu&rsquo;\u00e0 y \u00eatre crucifi\u00e9. Maintenant, tu viens de r\u00e9pandre une lumi\u00e8re de paix sur le myst\u00e8re de la souffrance et de la mort, celle de Midori et la mienne \u00c9trange destin\u00e9e: j&rsquo;avais tant cru que ce serait Midori qui me conduirait au tombeau Maintenant ses pauvres restes reposent dans mes bras Sa voix semble murmurer: pardonne, pardonne. Le pardon de Naga\u00ef sera parfait. Il aimera \u00e0 porter les chr\u00e9tiens d\u00e9courag\u00e9s par la perte de leur famille, \u00e0 consid\u00e9rer la bombe A comme faisant partie de la providence de Dieu, qui tire toujours le bien du mal. Le 15 ao\u00fbt 1945, \u00e0 midi, la radio transmet un message de l&rsquo;Empereur annon\u00e7ant la capitulation du Japon. Au d\u00e9but de septembre, Naga\u00ef est mourant.<\/p>\n<p>Les radiations de la bombe A ont aggrav\u00e9 son mal. Il re\u00e7oit les derniers sacrements et dit: Je meurs content, puis il tombe dans un demi-comaOn lui apporte de l&rsquo;eau de la grotte de Lourdes construite non loin de l\u00e0 par le P\u00e8re Maximilien Kolbe. J&rsquo;entendis, \u00e9crira-t-il, une voix qui me disait de demander au P\u00e8re Maximilien Kolbe de prier pour moi. Je le fis. Puis, je m&rsquo;adressai au Christ et lui dis: Seigneur, je me remets entre tes mains divines. Le lendemain matin, Takashi est hors de danger et il attribue au P\u00e8re Kolbe (aujourd&rsquo;hui canonis\u00e9) la r\u00e9mission de six ans que lui laisse sa maladie. Moi, je veux y vivre le premier! Tandis que les habitants craignent de revenir \u00e0 Urakami, Naga\u00ef d\u00e9clare: Moi, je veux y vivre le premier! Il se b\u00e2tit un abri pr\u00e8s de son ancienne maison: quelques t\u00f4les pos\u00e9es sur un restant de mur. Devant, deux pierres forment un foyer de fortune au-dessus duquel pend un chaudron. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, une vieille bouteille sans col: la r\u00e9serve d&rsquo;eau. Comme v\u00eatement: un des uniformes de marin distribu\u00e9s par l&rsquo;arm\u00e9e aux sinistr\u00e9s. Il commence \u00e0 \u00e9vacuer les d\u00e9bris de sa maison. Il y d\u00e9couvre le crucifix qui appartenait \u00e0 l&rsquo;autel familial: Tout m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9, dit-il; ce crucifix seul, je l&rsquo;ai retrouv\u00e9.<\/p>\n<p>Le 23 novembre 1945, Naga\u00ef est invit\u00e9 \u00e0 prendre la parole lors d&rsquo;une Messe de Requiem c\u00e9l\u00e9br\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des d\u00e9combres de la cath\u00e9drale d&rsquo;Urakami. L&rsquo;holocauste du Christ sur le Calvaire \u00e9claire et donne sens \u00e0 l&rsquo;holocauste de Nagasaki: Au matin du 9 ao\u00fbt, dit Takashi, une bombe atomique explosait au-dessus de notre faubourg. En un instant, 8 000 chr\u00e9tiens furent appel\u00e9s \u00e0 Dieu&#8230; \u00c0 minuit ce soir-l\u00e0, notre cath\u00e9drale prit soudain feu et fut consum\u00e9e. \u00c0 cet instant m\u00eame, au Palais Imp\u00e9rial, Sa Majest\u00e9 l&rsquo;Empereur fit conna\u00eetre sa d\u00e9cision&#8230; Le 15 ao\u00fbt, l&rsquo;\u00e9dit imp\u00e9rial qui mettait fin aux combats fut officiellement promulgu\u00e9 et le monde entier aper\u00e7ut la lumi\u00e8re de la paix. Le 15 ao\u00fbt est aussi la grande f\u00eate de l&rsquo;Assomption de Marie. Ce n&rsquo;est pas pour rien que la cath\u00e9drale d&rsquo;Urakami lui \u00e9tait consacr\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>N&rsquo;y a-t-il pas un rapport profond entre l&rsquo;an\u00e9antissement de cette ville chr\u00e9tienne et la fin de la guerre? Nagasaki n&rsquo;\u00e9tait-elle pas la victime choisie, l&rsquo;agneau sans tache, holocauste offert sur l&rsquo;autel du sacrifice, tu\u00e9e pour les p\u00e9ch\u00e9s de toutes les nations pendant la deuxi\u00e8me guerre mondiale?&#8230; Soyons reconnaissants que Nagasaki ait \u00e9t\u00e9 choisie pour cet holocauste! Soyons reconnaissants car, \u00e0 travers ce sacrifice, la paix a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e au monde ainsi que la libert\u00e9 religieuse au Japon. Au printemps de 1947, la maladie de Takashi l&rsquo;oblige \u00e0 s&rsquo;aliter dans sa cabane. Il lui faut r\u00e9signer sa charge de professeur, et, de ce fait, il se trouve sans ressources. Ma t\u00eate travaille encore, se dit-il. Les yeux, les oreilles, les mains et les doigts sont encore bons. Et il se met \u00e0 \u00e9crire. Pour ses enfants encore bien jeunes, Makoto et Kayano, il r\u00e9dige un recueil de conseils: Mes chers enfants, aimez votre prochain comme vous-m\u00eames. Voil\u00e0 la parole que je vous laisse. C&rsquo;est par elle que je commencerai cet \u00e9crit, c&rsquo;est peut-\u00eatre bien par elle que je conclurai et encore par elle que je me r\u00e9sumerai. Ce message, son seul exemple aurait suffit \u00e0 l&rsquo;imprimer dans leurs coeurs. Toute l&rsquo;existence de leur p\u00e8re a-t-elle \u00e9t\u00e9 autre chose qu&rsquo;un h\u00e9ro\u00efque service du prochain, service qui le conduit aujourd&rsquo;hui \u00e0 la mort?<\/p>\n<p>Ce service, Naga\u00ef veut y consacrer jusqu&rsquo;\u00e0 ses derni\u00e8res heures Couch\u00e9 sur le dos, il \u00e9crit en tenant une planchette \u00e0 dessin comme en emploient les \u00e9coliers. Il note: En me r\u00e9veillant ce matin \u00e0 1 heure, la fi\u00e8vre \u00e9tait tomb\u00e9e. Apr\u00e8s avoir bu le caf\u00e9 du thermos, j&rsquo;ai pu \u00e9crire jusqu&rsquo;\u00e0 sept heures du matin, le travail a bien avanc\u00e9! Il ne lui restera bient\u00f4t plus que la nuit pour \u00e9crire, car d\u00e8s le matin les visiteurs s&rsquo;annoncent, mais il ne leur montre aucune impatience: Cela m&rsquo;ennuie, \u00e9crit-il, mais puisqu&rsquo;ils ont la gentillesse de venir ici, ne dois-je pas t\u00e2cher de verser un peu de joie dans leur coeur et de leur parler de notre esp\u00e9rance catholique? Je ne peux pas les renvoyer. C&rsquo;est dans ces conditions difficiles qu&rsquo;il \u00e9crit et publie quinze volumes en quatre ans. Quel but se propose-t-il dans ses \u00e9crits? D&rsquo;abord donner un compte-rendu fid\u00e8le de l&rsquo;explosion atomique, \u00e0 travers son exp\u00e9rience exceptionnelle et sa comp\u00e9tence personnelle, ensuite, travailler \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de la paix. Convaincu surtout qu&rsquo;une paix durable ne peut se fonder que sur l&rsquo;esprit d&rsquo;amour qui resplendit dans la doctrine catholique, il consid\u00e8re comme sa vocation de propager le message chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Une seule garantie \u00c0 la fin de son livre Les cloches de Nagasaki, il \u00e9crit: Est-ce que l&rsquo;humanit\u00e9 sera heureuse \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge atomique, ou bien mis\u00e9rable? Cette arme \u00e0 deux tranchants cach\u00e9e par Dieu dans l&rsquo;univers et maintenant d\u00e9couverte par l&rsquo;homme, qu&rsquo;allait-on en faire? Un bon usage ferait progresser \u00e0 grands pas la civilisation; un mauvais d\u00e9truirait le monde. La d\u00e9cision repose dans le libre vouloir de l&rsquo;homme. Celui-ci tient son destin dans ses mains. En y songeant, on se sent pris de terreur et, pour ma part, je crois qu&rsquo;un v\u00e9ritable esprit religieux est la seule garantie en ce domaine&#8230; \u00c0 genoux dans les cendres du d\u00e9sert atomique, nous prions pour que cet Urakami soit la derni\u00e8re victime de la bombe. La cloche sonne&#8230; O Marie con\u00e7ue sans p\u00e9ch\u00e9, priez pour nous qui avons recours \u00e0 vous. En mars 1951, l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 du docteur est alarmant, sans alt\u00e9rer pour autant son habituelle bonne humeur.<\/p>\n<p>En avril, il \u00e9crit son dernier livre. \u00c0 peine l&rsquo;a-t-il achev\u00e9, qu&rsquo;il est victime d&rsquo;une h\u00e9morragie c\u00e9r\u00e9brale. On le transporte \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital o\u00f9 il perd connaissance. Revenu \u00e0 lui, il dit \u00e0 haute voix: J\u00e9sus, Marie, Joseph, puis plus faiblement: Je remets mon \u00e2me entre vos mains. Boulevers\u00e9e, l&rsquo;infirmi\u00e8re donne le grand crucifix de famille \u00e0 Makoto, son fils, pour qu&rsquo;il le porte \u00e0 son p\u00e8re. Celui-ci le prend et s&rsquo;\u00e9crie d&rsquo;une voix \u00e9tonnamment forte: Priez, s&rsquo;il vous pla\u00eet, priez aussit\u00f4t c&rsquo;est la fin en r\u00e9alit\u00e9, tout commence en Dieu, et Naga\u00ef retrouve Midori \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, comme il l&rsquo;avait souhait\u00e9 six ans auparavant. C&rsquo;est le 1er mai, d\u00e9but du mois de Marie. Lors des obs\u00e8ques, \u00e0 la cath\u00e9drale d&rsquo;Urakami, le maire de Nagasaki fait la lecture solennelle de 300 messages de condol\u00e9ances, en commen\u00e7ant par celui du Premier Ministre.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la c\u00e9r\u00e9monie, la foule se met en route pour le cimeti\u00e8re, \u00e0 un kilom\u00e8tre et demi au sud; la t\u00eate de la procession y parvient alors que la majeure partie n&rsquo;a pas encore quitt\u00e9 la cath\u00e9drale. Takashi Naga\u00ef est enterr\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Midori. Pour la tombe de celle-ci, il avait choisi comme \u00e9pitaphe: Je suis la servante du Seigneur. Qu&rsquo;il me soit fait selon votre parole (Lc 1, 38); pour la sienne: Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire (Lc 17, 10). Son influence s&rsquo;\u00e9tend gr\u00e2ce \u00e0 ses livres (d\u00e8s 1948, on les lisait partout au Japon) qui ont fourni une contribution remarquable \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation sociale de ses concitoyens et \u00e0 l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation de son pays. Demandons \u00e0 la Tr\u00e8s Sainte Vierge et \u00e0 saint Joseph, pour nous et tous ceux qui nous sont chers, une vraie conversion, un amour du prochain pouss\u00e9 jusqu&rsquo;au sacrifice supr\u00eame, et une sainte mort qui nous introduise dans le bonheur \u00e9ternel du Ciel<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte authentique d&rsquo;un drame, dont l&rsquo;histoire se d\u00e9roule au pays du soleil levant, durant la 2e guerre mondiale, 1939-1945. Belle\u00a0mais douloureuse histoire japonaise. 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